"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

mardi 26 juin 2012

Á quelle heure il va commencer Faustin… ?


Á quelle heure il va commencer Faustin… ?

C’était une journée de fin de printemps en Corse comme tant de printemps dans ce bas monde, les mêmes couleurs, souvent beaucoup d’eau, époque épuisante pour les animaux… Pour tout ce qui vit…
Faustin était un jeune homme travailleur, peu prolixe en parole, curieux de tout et de politique en particulier, comme tout corse se respectant. C’était un garçon d’une curiosité intellectuelle insatiable. Il ramassait les bouts de journaux déchirés trouvés au sol, déposés par le hasard des vents à ses pieds afin d'en lire le contenu…Il était de ce peu qui savaient écrire, aussi, quelle opportunité pour les dits analphabètes, érudits d’agriculture, d’élevage et de nature… voire d'improvisation poétique !!
On l’interpellait plus ou moins discrètement, selon les circonstances, afin de rédiger des courriers parfois très intimes, politiques, conflictuels, annonciateurs d’héritages ou de répudiations, et bien d’autres secrets, rien que de très humains, toujours trop humains… Faustin n’en a jamais parlé à quiconque, de ces « quiconques » trop souvent curieux…voire intéressés…
Á cette époque, le gouvernement français se voulait plus rigide et mettait un point d’honneur à l’application de la loi. Étant entendu que l’honneur en politique servant d’autant plus tout ce qui est avant tout... vil…
Ce gouvernement voulait laisser une impression de fermeté aux… électeurs… Et chassait de métropole tous les maquereaux, bandits et autres illégaux… Ce qui ne laissait que des postes vacants…
La Corse vit revenir bien des asociaux, vivant en marge de la loi mais surtout sur le dos des gens honnêtes, ce qui est le propre des parasites…  Les parasites représentent à eux seuls une niche à l'échelle humaine, ils sont nécessaires...!! Si la parasitologie est une branche de la biologie, pourquoi pas en sociologie...?!
Tout le pourtour méditerranéen se vit repeuplé de personnages que l’on croyait mort depuis qu’ils ne donnaient plus de leurs nouvelles…La plupart les poches remplies d’argent et aux mains trop blanches… !!
Ce jour-là, au village, Faustin s’affairait au poulailler… S’apprêtait à ramasser de l’herbe pour l’âne de la famille qui faisait office de véhicule d’époque. Finie la tâche, il allait se promener sur la place du village, véritable forum à la grecque, afin d’y retrouver quelques improvisateurs poètes.
Un dénommé Alfred s’y trouvait. Revenu au village sur ordonnance d’expulsion… Habitué de faire travailler des femmes sur les trottoirs et bien d'autres bassesses …

Alfred :
Dis toi, viens un peu ici… ?
Faustin :

Qu’est-ce que tu veux ?

Alfred :
C’est moi qui pose les questions, si tu vois ce que je veux dire… ?!!

Le décor était planté… Faustin s’écartait de cet énergumène et s’associait à d’autres groupes, témoins de la situation, ce qui augmentait et accélérait une montée d’orgueil…
Alfred :

T’as pas compris, t’es sourd… ?!!
Faustin :

Je te connais toi, je n’ai rien à te dire et ne va pas trop loin avec moi, d’accord… ?!!

Alfred :
Non seulement tu la fermes mais tu vas aller prendre des outils! Tu vas aller à mon jardin et tu vas me le sarcler… Et si tu ne veux pas, je t’y enverrai à coups de pieds au cul… !!

C’en était trop et comme c’était un costaud, il lui fallait d’autres arguments. Il allait à la maison et commençait à choisir un fusil.
De façon douce mais néanmoins sûre, une main paysanne se posait sur son épaule. C’était celle de son père. Cet homme était honnête paysan, grand chasseur, travailleur, bon vivant. Il voyait bien que son fils avait des problèmes. Les pères ne se trompent que rarement sur les effets d’âmes de leurs enfants voire leurs aimés.

Le père :
Qu’est-ce qui se passe Faustin ?

Faustin :
Laisse papa, c’est mon affaire… !

Le père :
Tu sais que je ne me suis occupé que rarement de tes affaires, et encore lorsque je te l’ai demandé… ?!!

Faustin :
Oui, je sais mais laisse-moi, papa, s’il te plait… ?!

Le père :
Non, tant que je ne saurai pas ce que tu as; qu'est-ce qu'il se passe… !

Faustin se résignait à tout expliquer voulant croire à une légitime compréhension paternelle.
Faustin :

C’est l’Alfred, il m’a dit que si je n’allais pas piocher son jardin, il m’y enverrait à coups de pieds au cul... On va voir ça tout de suite...!

Son père réalisait rapidement l’affaire. Compte tenu du fait que l’énergumène était un violent, qui ne savait rien résoudre sinon que par la violence, la soumission, il prenait les choses en main dans l’instant…

Le père :
S’il y en a un des deux qui doit aller en prison, ici, c’est moi… !!! Pose ce fusil et laisse-moi régler cette affaire comme les anciens savaient le faire…

Faustin :
Papa, c’est mon problème, pas le tien !! Jamais je ne te laisserai régler mes problèmes, ce serait une honte !! Tu m’as toujours inculqué les notions d’honneur et de dignité, qu’il ne fallait jamais traîner mon nom dans la boue… Là, c’est le moment… !!!

Son père, calme et serein d’expérience, tempérait son ardeur sans oublier sa vexation. Les jeunes ont ça de courant, leurs humeurs leur sont à fleur de peau donc la plus part du temps, ingérables…

Le père :
Si tu n’as qu’un père, moi, je n’ai qu’un fils ! C’est au père de représenter l’honneur du nom, ton temps viendra dans d’autres occasions… En espérant que ces genres d’occasions ne se produiront jamais plus… !!

Il s’absentait et disparaissait dans le débarras. Il en ressortait vêtu d’une grande veste qu’il utilisait pour la chasse et la main droite dans la poche.
Le père :
Tu attends là et tu prends les jumelles au cas où…

Il partait vers la place où l’Alfred se gaussait de ses frasques malsaines. Heureux de pouvoir faire encore peur, en tous les cas, le croyant fermement…
Quelques amis du père comprenaient et se mettaient à entamer des « chjami e rispondi », de manière à détourner l’attention de tous et d’Alfred en particulier. Il arrivait près du voyou et …. sortait en une seconde de temps un fusil à canons sciés, le pointait sur la tempe du costaud et lui demandait :

Dis, Alfred, à quelle heure il va commencer Faustin… ?
Alfred : (déconfit autant qu’affolé, Dieu ayant pris forme de deux canons...)

Aller Ánghjulu, si on ne peut plus rigoler maintenant… ?!!
Le père :

J’ai l’air de rigoler… Touche à mon fils et je te fais un troisième œil… On continue de rire...??!


On ne revit plus jamais l’Alfred sur la place, condamné à piocher son potager. Tout au moins, on apprenait, qu'ici et là, quelques-unes de ses saloperies dans d’autres villages puis un jour….

Faustin, mon merveilleux papa, s’occupait au village, par le biais d’une confrérie, de travaux aux villages et notamment au cimetière pour tous les travaux inhérent à son entretien. Retaper les tombes, enterrer les corps, réductions des corps, désherber les lieux, etc…
Lors d’une exumation, le collègue travaillant avec mon père, sortait un crâne dépourvu de sa machoire inférieure et le prenant entre ses mains, ironisait en interpelant la personne qui alors, animait ce même crâne….

Le collègue :
Alors, tu ne frappes plus personne maintenant, hein… ?!!

Faustin : ( se reposant sur le manche de sa pelle )
Tu es fou maintenant, tu parles aux morts subitement… ?!! Qu’est-ce qu’il te prend tout d’un coup… ?

Le collègue :
Oh ! Tu le connais bien celui-là… C’est Alfred…. Celui qui faisait peur à tous!! Apparemment, il est tombé sur un os en forme de cartouche... ?!!

En effet, le crâne était troué vers le front… Un tout petit trou….. Un si petit trou...
Á chercher la merde, on finit presque toujours par en sentir la même odeur…..

Á cause d’Alfred, j’ai failli ne pas exister…et  ne pas vous ennuyer avec ma pseudo-prose… Le monde est tout petit, si petit, n'est-ce pas...?!!