"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

jeudi 22 mars 2012

Que c'est beau...?!!


C'est beau... !!!

On ne s'intéresse qu'à la forme, le fond ne tiendrait que de la forme... ?!! Une maison doit être belle avant d'être habitable et solide ; une voiture doit être belle avant d'être en bon état de marche, pratique ; une fille, un garçon doivent être beaux avant de savoir aimer ou être autonome, de parole ; un texte, avant d'être beau, devrait, avant tout, produire une harmonie voire de l'émotion...

La beauté, l'esthétique a, pourtant, sa raison d'être sinon pourquoi avoir inventé la fleur... ? Dans la nature, tout est finalité... La vie paraissant être une manifestation de principes ayant une validité générale, la beauté est-elle, peut-être, un piège nécessaire, tout simplement...?

Bref !! L'apparence, l'impression prend le pas sur le concret, l'indispensable, le nécessaire. La manière interpelle bien plus que le fond par son sens ou l'émotion qui devraient être produits.... Sans vouloir paraître sentencieux ou définitif, la forme vaudrait le contenu... L'avoir dépasserait l'être.... L'un ne va pas sans l'autre, certes, mais à proportion nécessaire.

Société infantilisante à dessein, on nous impose les traits d'esquisses pour le volume du sensible, du vrai. Tout est nécessaire à l'élaboration d'une construction et pour autant, ressentir, éprouver, apprécier le laid ou le beau reste à jamais totalement subjectif... Affaire de goût... !! Quant à y voir juste, le fond reste bien souvent l'affaire d'observateurs exigeants, prudents, constructifs, patients, expérimentés.

Puis, lorsque le fond rejoint la forme, l'harmonie est atteinte, resplendit, le lien se fait avec les figures de style devenant pourtant indispensables au bonheur de lire, d'écouter, de voir...

Il y a de cela quelques années, un salon de la voiture présentait la « Simca 1000 », les gens s'époustouflaient de superlatifs....

L'un :
Que c'est beau, non d'un chien... !!!
L'autre :
Et puis ce rouge... Que c'est beau... !!!

Dans un défilé de mode, de « très belles » femmes déambulaient vêtues de splendides robes et tenues diverses.....

L'un :
Ce drapé, que c'est beau... !!
l'autre :
Porté par n'importe-qui, ce serait encore très beau.... ! ! Aléatoire... ?!

Un défilé de chiens dans un concours de prix se déroulaient dans le Haut-Var, une véritable foule était présente, toute excitée des allers-retours de ces pauvres bêtes qui n'en demandaient peut-être pas autant....

L'un :
Ce pelage, ce soyeux, que c'est beau.... !!
L'autre :
Moi, je ne jure que par les bergers allemands, ce sont les plus beaux... !!

Deux jeunes filles, invitées au bal d'un village, m'étaient à chaude proximité. Je les écoutais, les observais, dès fois que.... Maiiis : « loupé !! »
Il y avait deux gars plutôt d'allures hormono-suggestives et, lorsque « les » femmes, éminemment cérébrales de la moins cultivée à la plus érudite, sont mises en état de curiosité....Les commentaires ne tardent pas ...

L'une :
C'est qui ces mecs, là... ? Celui au pull rouge est pas mal mais, celui en noir, qu'il est beau... !!
L'autre :
Bof... ! Par contre, celui du fond près du comptoir, alors là, je m'effondre.... ! Il a l'air bien... ?!! Qu'il est beau... !!!

Dans une armurerie, deux gars essayaient des armes semi-automatiques...

L'un :
Moi, je ne jure que par le Beretta 15 coups... Mais surtout, qu'il est beau... !!
L'autre :
Oui mais, maintenant, les magnums 44 semi-automatiques surpassent presque tout.... D'après moi... Mais la performance, c'est d'allier le volume à l'esthétique, qu'il est beau... 

( …....................... )

Nous voici aujourd'hui et, les mêmes qui s'extasiaient, ces années passées, devant une Simca 1000, les défilés de mode devenus maintenant anorexiques, ces bêtes coiffées comme des genêts d'Espagne, ces gars en parade éthologique à la demande, ces armes péniennes, ne faisaient plus recette. Ils trouvaient tout ça vieillot, dépassé, suranné, inutile, scandaleux, inesthétique.... Bref... !!

L'un :
Mais comment pouvais-je m'habiller comme ça, j'étais affreux.... !!
L'autre :
Et cette coiffure à banane sur le front, au point de ne plus y voir correctement... !!
L'une :
Tu te rappelles ce gars, j'en étais raide dingue et quand je vois cette vidéo, je m'enfuirais le plus loin possible... !!
L'autre :
Roule dans une Simca 1000 maintenant, tu comprendras.... ?!!
L'un :
Ces chiens, tu te rappelles ? Combien d'argent jeté en l'air... Pauvres bêtes... ?!!
L'autre :
Maintenant, les Glocks sont fabuleux, les berettas, c'est dépassé...

La temps traîne avec lui l'érosion des goûts, des choses, des images, autant des souvenirs, qui, de même, s'étiolent... Combien de fois, en tant qu'optimistes, nous nous esclaffons, un peu effarés, devant des photos de jeunesse, des vidéos de réveillons, de jeux d'antan... ? Combien de fois n'avons-nous pas exclamé un étonnement déçu devant des émissions de télévision nous ressortant des vedettes aux allures d'époques... ?

Toutes les fleurs, jusqu'aux plus belles, fanent mais les graines tiennent l'avenir... Les plus beaux tatouages se déforment avec le vieillissement de la peau... Les plus beaux muscles fondent comme le beurre au soleil... Les plus belles toiles perdent de leur éclat...
Ne faudrait-il préférer la renommée à la gloire... ? Prendre conscience du relatif, c'est faire du temps son complice et d'en rire volontiers... !!

La beauté des choses s’estompe avec Maître-temps, nous n'inventons rien. L'érosion, l'entropie agissent sur tout, en tout temps, lieux, êtres, mémoires.... L'écume, ce n'est pas la mer, la mer, c'est quelque chose d'autre... ? !! Les promesses ne font pas l'amour vrai, l'amour, c'est quelque chose d'autre.... ?!! Le nombre de conquêtes ne fait pas le bonheur, le bonheur, c'est quelque chose d'autre....

En vieillissant, la beauté ce déplace vers d'autres territoires, pensées, affects... Seules, les beautés qui « résistent » au temps demeurent, donc peu de choix. N'est beau que ce qui rend heureux, fait un bien simple... Il faut une vie pour savoir ce que l'on a aimé... Si l'on a aimé vraiment... ou avoir été effectivement aimé ...?!!  Cela n'étant pas, pour autant, obligatoire, dans la mesure où, le bonheur, doit être éminemment authentique...!!! Plutôt la solitude, même dure, qu'un faux amour....!!!

Cette citation qui résonne en moi, profondément : « L'émerveillement est le premier pas vers le respect !!» J'adhère fortement à ça... !!

Lorsque LE beau, la perle découverte, comprise, nous « frappe », nous sommes là, bouche bée, à bayer sans un mot, sans pensée... Le vraiment beau fait pleurer de bonheur, embélit notre vie... À ce moment-là et, qu'à ce moment-là, fût-ce d'un temps très court, nous sommes vides de tout sentiment, merveilleusement seuls...Nous n'existons plus … Nous sommes ici et maintenant, peut-être là-bas... Nous sublimons... Nous sommes quantiques... !!

Je ne parle pas de ces « beaux » factices, éphémères, sans saveur, de surface... Qui se répètent trop facilement et donc, sans issue... Je veux dire de ce beau qui nous rassure effectivement, qui ne ment pas, celui qui ne fait pas de bruit, qui nous réunit tous par chacun, qui nous fait nous abandonner dans une plénitude dont le souvenir nous accompagne durant toute notre vie durant... Ce regard d'un enfant, d'un anciens, d'un souffrant, d'un bienheureux... Le beau sublime est fait d'éternité, d'universalité, d'infini... Ce beau-là est si rare.... !! Unique comme chaque être, un mère comme la mienne, un père contant des histoires, mes enfants, « ma » gracieuse, très peu d'amis et leur bonheur, le silence d'une forêt, les livres, rire mais vraiment… Le beau ne trahit jamais à condition de ne pas être rêveur facile... Tout ce qui est authentiquement simple et qu'on ne possède pas, surtout pas... ?!! Il reste toujours simple, ne brille pas, ne heurte pas mais nous construit, quand bien même, on ne le réaliserait pas...

Un blanc-seing à l'éternité.... !!! Là, oui !! J'adhère...!!

Moi, par exemple, quand je me regarde dans le miroir, qu'est-ce que je peux me trouver beau... Quelle évidence, n'est-ce pas ?!! Là, l'éternité vient de prendre un rude coup, je crois bien... ?!!

L'auto-dérision, que c'est beau... !!


















mardi 20 mars 2012

De Tantale à Créon ...


De Tantale à Créon ...


Enfant ou pré-adolescent, j'étais amoureux d'une fille qui s'appelait Annie. Rien de fabuleux... Qu'elle était belle de son air eurasien !! Des yeux merveilleux, des cheveux noirs, une peau toute blanche, une allure incomparable, bien-sûr... !!

Je tentais une approche sans laisser de traces au sol... Elle m'avait vu venir de loin, tel un seul être dans le désert ... de mes illusions !! Elle m'en faisait baver l'enfoirée, miroir de mes impuissances !!

Je disais tout ce qu'elle voulait entendre, je mangeais les mêmes choses qu'elle à la cantine, j'allais où elle se promenait, j'acceptais tout au possible... Que n'aurais-je fais, dit, avaler, supporter pour un seul de ses baisers, un seul effleurement labial...?!! Un peu plus que l'idée tout de même... !!

L'ayant bien compris, instinct féminin à l’œuvre, puissance féminine antédiluvienne, elle me faisait tirer une langue au point d'en oublier l'organe “érotico-lingual”... !! Plus je m'approchais d'elle, plus elle fuyait... Quel supplice !!

Puis, comme toute entreprise vouée au vide, je m'épuisais et m'en rendais compte.

Entre temps, je faisais connaissance du “cousin de Sisyphe”, Tantale, ce pauvre bougre qui voulait étancher sa soif alors que l'eau, à chaque fois qu'il se penchait pour la boire, s'infiltrait dans la terre...

Lumière !! J'avais failli être le Tantale des temps modernes mais après combien d'autres et futurs... ?!!

Mon breuvage définitivement perdu dans le sol, je décidais de me relever et de lui en faire baver, à la drôlesse d'éternité ... !! Je décidais de me faire plus rare, plus indifférent, plus lointain et, au delà de quelques jours, elle me recontactait afin de savoir pourquoi je m'étais éloigné... Il était évident qu'elle y avait pris goût voire l'habitude... Toutes ces courbettes, flatteries, tous ces bonbons fantasmatiques lui manquaient au point de me caresser dans le sens du poil.... des bras !!

Je faisais en sorte qu'elle s'accrochât afin de la rendre obstinée... Punitions et récompenses manipulatoires rythmaient la relation et j'en ressentais fatalement de la jouissance. Gagnant en relatif pouvoir et cédant à une vanité pubère, je me la jouais, me prenais pour un matadors... Faible et impuissant en réalité, j'abusais de ma position que je croyais assurée et définitive... Mais bon...

Dans une relation à deux, qui peut affirmer avec grande certitude que les choses sont éternelles... ? Question naïve...? Vraiment...?
Je m'énervais car j'en voulais plus, j'abusais de ma position qui me "paraissait" légitime.... Entre temps, je découvrais Antigone et Créon... Brave Antigone, perdu créon.... J'étais près de céder à la tentation de Créon.... !! De cette petite histoire une importante et néanmoins relative extension peut s'entendre, allégories sous-jacentes au delà d'élucubrations pré-hormonales...

Du supplice de Tantale à la tentation de Créon, il y a si peu... !! De la démocratie à la dictature, il n'y en a point plus... !! Il n'y a pas pire que la vengeance des pauvres car elle est imprévisible, incontrôlable, légitime, compréhensible ...

On obtient toujours le pouvoir d'une faiblesse... De la faiblesse de croire au pouvoir... Et s'angoisser à se trouver trop seul avec "son" pouvoir...?!!

Par le chantage, on crée des Tantales ; par des abus de pouvoirs, on se fait Créons...!!! À être moins exigeants, nous n'en serions que plus tolérants et la tolérance, n'est-elle pas, déjà, l'entraînement de l'esprit... !!

Ensuite, il y a le seuil de tolérance, mais là .... L'entraînement de l'esprit peut s'emballer... ?!!! L'entropie n'est pas une tentation, encore moins un supplice mais une réalité finale...

Ne nous hâtons pas de conclure... ?!!

c'est une autre histoire....


jeudi 15 mars 2012

Mémé, qu'est-ce qu'il a le monsieur...?!!


Mémé, qu'est-ce qu'il veut le Monsieur... ?!!

Dans une file d'attente invariablement dépersonnalisante , je suivais deux vieilles dames méridionales, apparemment frustrées, qui débutaient une pseudo-conversation sur ce qui était égoïstement juste et son opposé... Elles étaient d'un âge canonique débordant, des sacs à mains tirant leurs coudes désaxés vers le bas, maquillées proportionnellement au poids des années qu'elles supposaient cacher... Elles regardaient tel une tour de contrôle les gens alentours... Je remarquais qu'elles insistaient de leurs regards sur un couple et trois enfants qui parlaient plutôt hébreu. Le savaient-elles ?

L'une :
Ils sont partout ces musulmans, si c'est pas à gauche, c'est à droite...Tournez-vous, ils sont derrière... !!! Et alors, sans gène s'il vous plaît... Un qui crie dans le caddie et les deux autres qui touchent à tout...

L'autre :
À qui vous le dites... ?! Moi, dans mon immeuble, y en a partout... !! C'est à se demander si on est encore en France... ?!! Maiiiis, un jour, ça changera, vous verrez... Si c'est pas honteux... en plus, ça ne m'étonne pas qu'il y ait tant de maladies... Il n'y avait pas tout ça avant.... !!

L'une :
Nous, avant, on avait des poux qui ne résistaient pas aux produits qu'on utilisaient, mais, les leurs vous décolleraient le cuir chevelu.... Dans un bateau et hop !!! J'ouvre les cales... !!

L'autre :
Què !! On coule les bateaux comme ça, ça donnera du travail à nos enfants....

Elles s'aperçurent que j'étais juste derrière, elles se turent car je les regardais comme l'on se devait de le faire. Elles comprirent vite et se rattrapèrent... :

L'autre :
Ils font de beaux enfants quand même... ?!!

Moi :
Ils ne vous comprennent pas, ce sont des hébreux...

L'une :
Ah !! C'est pas des arabes alors... ?!!

L'autre :
C'est peut-être pareil après tout... ?!! Mais je ne dis pas ça par méchanceté, vous savez... ?!!

Moi :
Impossible de douter de gens comme vous, on entend tout de suite l'honnêteté et la franchise... Les braves gens, comme on dit, sont au-dessus de tout... !

Elles furent étonnées au point, probablement, de me croire très con... quoique par certains égards, l'observation, par moment, peut s'entendre...

Passée, cette ignominie d'apparence familière, je me retournais sur mon enfance avec ma grand-mère, monument de dignité... Nous arrivions de corse et il fallait nous adapter à la vie des villes, venant d'un village peuplé d'au moins 300 personnes.
Des pygmées, vivant au milieu des arbres et leurs bruits simples et naturels, m'auraient compris...!! Les citadins méridionnaux, faut-il aussi dire dans la masse humaine, ne nous voyez pas... La différence, c'est presque toujours le contraste dans la solitude...
Dans cette ville qu'était Toulon, tout était exagéré... Le bruit, les odeurs, les foules, les voitures partout, les gens, toujours s'ignorant, grimpaient dans des trolleys électriques à perches sur caténaires, les façades de certains bâtiments publics (ou pas) étaient encore criblées des impacts de tirs de la dernière guerre....et personne à qui parler... Pas le temps, l'envie au dialogue... !!

L'anonymat d'une France que l'on avait imaginée conviviale et phare du monde, comme dans les livres d'histoire... !!

Nous nous dirigions vers la poste principale de Toulon et une fois à l'intérieur, il nous fallait repérer les mouvements des gens afin d'accéder aux guichets... On se plaçait dans une file en dernière position. Arrivait notre tour et le guichetier s'adressa promptement... Il avait l'air curieux de voir une grand-mère affublée d'un foulard, "prédisant" le tchador, et d'un petit aux chaussures trop courtes, déformant sa démarche... Il se levait, se penchait, et, se croyant au zoo, nous lançait... :

Lui :
Que voulez-vous ?

Mémé :
Juste un timbre pour un village en Corse, regardez, j'ai même l'adresse notée, là... ?!!

Lui :
Il y a du monde, poussez-vous, et, lorsque ce sera le moment, je vous appellerai... Allez... !! Allez... !!

Nous nous déplacions sur le côté de façon à laisser passer les gens, ceux-là en profitaient pour nous faire comprendre qu'ils étaient chez eux... Je compris avec fracas qu'un ostracisé se retrouve toujours tout nu devant tous...!! On n'habille pas la honte....

Je regardais ma grand-mère en tirant cette main qui me tenait ferme.... Je remarquais l'expression de son visage changer, passant du sourire à l'abnégation ....

Les premiers que l'on a appelé« biques » en France, ce sont les corses...

Ces corses qui étaient français sans l'avoir choisi, depuis le 15 janvier 1768 par Louis xv, d'un "traité de Versailles" qui cédait, au réméré, la souveraineté de Gènes au royaume de France et le 30 novembre 1789 par la révolution française... Mais d'entrée, le décret, dit, « libérateur », précisait que la corse faisait partie de « l'empire Français » !!! Une colonie donc... !! Le 22 avril 1790, le Marquis de LAFAYETTE, à la tête de la Garde Nationale, rendait les honneurs à Pasquale Paoli, chefs des Corses.

Robespierre s’adressait à P. PAOLI en ces termes : "vous avez combattu pour la liberté à une époque où nous n’osions pas l’espérer."

Une fois la file d'attente finie mais surtout, lorsque le guichetier daignait en avoir l'envie, nous appelait d'un geste de l'index que je revois et me torture encore ...
Ma grand-mère approchait, le regard abîmé, la dignité rudement mise à l'épreuve.... Comment vivre cela...?!!

Lui : en regardant sa montre ...
Aaaallez... !! tu voulais quoi déjà... ?

Mémé :
Un timbre pour cette enveloppe...

Lui : jouissant du pouvoir d'un pervers...
Fais voir ça... ? C'est toi qui a écrit... ?!!

Mémé :
Oui Monsieur... Il y a une erreur...?

Lui : surpris qu'une "enfoulardée" puisse savoir écrire...
Ah !! Quand même... ?!!

Moi :
Mémé, qu'est-ce qu'il veut la monsieur...?

Mémé :
Chuuut...!!

(….................... )

Nous repartions "tranquillement" et je disais à ma grand-mère qu'il n'avait pas l'air gentil le monsieur.

Moi :
Tu le connaissais bien le monsieur.... comme il te disais « tu »... ?

Elle : voulant détourner mon attention...
Tu sais, dans les villes, ils doivent se connaître tous plus ou moins...?!!
Mon oeil, je voyais bien l'intolérance ambiante...?!!


Nous rentrions afin de retrouver notre monde en langue corse d'une culture insulaire ancestrale, certains, malgré tout, que toutes les cultures se valent voire sont complémentaires les unes aux autres...
Plus tard, Claude Lévi-Strauss écrivait : l'héritage le plus « sacré »  est l’idée que les cultures ont la même force et la même dignité, parce qu’on trouve en chacune, aussi éloignée soit elle des autres, des éléments poétiques, musicaux, mythiques qui sont communs »

Chez les copains de l'école ou du quartier, ils regardaient la télévision que nous appelions « scatula à i sogni » « boîte à rêves »... Nous, c'était les veillées entre tous à chanter, raconter des blagues, des histoires. Nous n'étions en rien mieux que les autres... La cheminée nous manquait, les lampes à huiles aussi... Nous avions bien l'électricité dans la cuisine mais mémé disais que c'était l'invention du diable car ça coûtait de l'argent... !!

Deux mondes, le nôtre s'éteignait au profit d'une modernité matérialiste et le leur nous envoûtait, nous, paysans perdus, au fantasme d'un progrès faussement social ... Là où une voiture a plus de valeur qu'un être !! Voilà comment on fabrique des révolutionnaires... Sûr du fait que là où l'homme traîne, l'imparfait règne en maître, l'horreur en arbitre , la tolérance en courage....

Voilà ma première rencontre avec le continent... !! Le racisme sous ses multiples formes, poisons, parfois doux, d'autres fois sévères, jamais légitimes... L'ignoble comme comité d'accueil !! Nonobstant, existeront toujours de braves gens et, heureusement, nous en connaissions... Quelles bouées...!!
Vichy, n'est jamais mort, rampe en France , sourd sous nos pieds et nous voyons en Europe, les extrêmes-droites reprendre du service... Attention, la bête revient... !! En 1930, c'était les juifs, en 2012, les arabes...Une autre fois, ils s'en prendrons aux autruches ou aux platanes ... !! Trop cons pour savoir qu'il est impossible d'arrêter une dérive génétique....!!
Aucun être humain ne peut être supérieur à un autre … Nous sommes tous descendants de l'homo sapiens sapiens. La notion de race n'existe pas sinon une et indivisible....
Les ours et les chiens sont des genres différents mais tous les chiens ne proviennent que d'une seule souche, un seul genre, le loup ( canis lupus). Idem pour les ours ( ursidés)...
Les ânes, les mules, les poneys, les zèbres et autres espèces proviennent du même et unique genre "equus"... Plusieurs espèces mais toujours d'un seul genre.
Les sapiens et les néandertaliens, paraît-il, ne pouvaient se reproduire entre eux... ? On vient de découvrir que nous avons un pourcentage de gènes néandertaliens... Mais, chuuuut...!!
La trame de toute richesse est faite de diversité... Ceci en tout, c'est la grande histoire de la vie et sa raison d'être en tant que constante universelle... Nous venons tous d'un unique protozoaire...
Un viticulteur cultivant des ceps ne provenant que d'une seule espèce aura moins de chance de résister au mildiou que s'il diversifie ses pieds de vignes...
Les arbres poussent en bout de racines et en extrémité de chaque branche, les méristèmes caulinaires et racinaires qui, à chaque extrémité, réorganisent leurs chromosomes. De ce fait, ils diversifient leur gènes de sorte que si une branche est atteinte d'une maladie, d'autres branches résisteront aux attaques virales.
Chaque être est composé d'un programme génétique différent donc unique, ce qui permet à certains d'entre-nous de ne pas craindre la contamination par l'H.I.V. La sélection par le plus apte n'est pas l'élimination de ce qui nous est différent mais ce qui avantage la vie. Rien que des blancs sur terre n'aurait jamais pu exister car disparus rapidement. Les aryens supposés représenter la pureté allemande seraient assurés de disparaître progressivement. On le voit dans les lignées d'animaux, soi-disant purifiés, ils sont éminemment plus fragiles que les hybrides.... Vainqueurs et vaincus ont la même racine !!

Le racisme est l'expression la plus ultime de la bêtise, le sentiment le plus poussé de la lâcheté, la perversion aboutie en perversité, la victoire de l'impuissance personnifiée.... !!! L'autre devient une pulsion de lâcheté, de perfidie... D'une aveugle ignominie...!! La négation du "miraculeux" de la vie...!!

La vie, c'est le courage d'être et d'avancer ; Le racisme, c'est le côté morbide de la vie. La vie, tel que les plus belles peintures, afin de pouvoir perdurer et assurer un avenir, ne pouvait être monochrome... La Joconde monochrome... Quel malheur...?!!

Mais je vous laisse, c'est bien beau tout ça mais je dois surveiller mon voisin.... Je crois qu'il loge des sans-papiers...?!!



dimanche 4 mars 2012

Je suis un dominant...!!


Je suis un dominant... !! Enfin....

J'entrais dans le dojo un peu fatigué mais déterminé à me ressourcer, l'aïkido mène à cela. Aï : amour ; ki : le fluide vital ; do : la voie...  Deux à trois heures de pratique remettait d'aplomb n'importe qui. Accédait sur le tatami un balaise d'au moins 120 kilos... Monumental !!  Il le savait bien car, dans son regard se lisait une certitude réflexe de domination, sans hésitations possibles. Le prof m'appela et me confia les débuts du nouveau ... molosse. Rien que son visage me refroidissait l'âme tout en indiquant mes limites...!!
Le prof :
Ange ! Tu t'occupes de ce jeune homme, tu commenceras par les cinq premiers principes : "ikkyo, nikkyo, sankyo, yonkyo, gokyo"! Surtout le premier, forme positive puis négative... ça te va...?

Moi :
Bien... !

Le prof :
Aller.... Go... !!

En moi-même... rien que ça...?!!

Le molosse :
C'est quoi ces danses que vous faites ? Mort de rire !! Je savais qu'en venant ici, j'allais me marrer mais à ce point...?!!

Ancien haltérophile et joueur de rugby d'après ce que j'avais compris, il ne doutais de rien, c'est à dire de tout... Habitué à impressionner par sa masse sans bouger le petit doigt, aucun flottement ne l'habitait... J'entamais modestement la première leçon par la base des techniques : ikkyo... Après un quart d'heure de pratique et d'explications, il lui fallait parler...

Le molosse :
C'est quoi ces conneries, si je me retourne, je t'envoies toi et tes collègues sur la route...

Je lui rétorquait qu'il fallait se taire et bien écouter. Dix années de pratique en imposaient ma réplique... Il était prévisible au possible. Je voyais rapidement qu'il me préparait un coup par surprise... Aussitôt soupçonné, il essayait  soudain de m'ajuster un coup de coude sur un de mes angles morts, j'esquivais et le balayait, son poids et son énergie travaillant contre lui faisaient le reste... Je me souviens encore du bruit de sa chute...!! De plus, le plancher était fait de bois donc amplifiait le bruit des chutes. 120 kilos qui ne savent pas chuter, ça risque fort de faire des dégâts... En effet, il ne se relevait pas ! Ambulance et fracture d'une  malléole interne, cervicales bloquées! Il refusait vertement ma visite à l'hôpital... Orgueilleux de surcroît...!! Bref...

Je réfléchissais au principe de dominance des uns et des autres, qui, se multipliant et par agrégation finissaient par échafauder telles ou telles nations, peuples, cultures, civilisations. Tels personnages, groupes,  organisations seraient dominants,  d'autres soumis de nature...? "Supériorité ou infériorité"....? Vaste débat !! On est dominant jusqu'à sa propre défaite, sa propre soumission... Où commence et s'arrête le rapport entre une victoire et une défaite...?
Les colons étaient "civilisateurs", les autres "sauvages" ?! Qui découvrait l'autre...?

En étudiant tous les "civilisés" que nous sommes, j'observais ceci...  Lorsqu'ils ont faim, leurs gestes, leurs attitudes, leurs comportements, leurs mots, leurs réactions aux choses parfois les plus élémentaires font d'eux les êtres les plus  dépendants de tout, s'est dire d'eux-mêmes... Lorsqu'ils ont soif, ils leur suffit d'ouvrir le réfrigérateur ou, plus réflexe, devenu inconscient, le robinet. Quand la faim torture, phénomène consumériste (?!) assez rare, s'empressent-ils aux magasins s'ils n'ont rien dans l'instant après, bien évidemment, avoir resquillé de l'argent quelque part, parents, copains, tirelires accessoirement.... S'ils n'ont pas de terrain pour jouer, pas de jeux. Ils prennent leurs D.S., leurs jouets et s'enferment, enfants ou adultes... Pour étudier, des enseignants sont indispensables, infrastructures sont nécessaires, rien de plus facile d'aller à l'école. Faire de la poésie, ouvrir un livre, les bibliothèques sont dehors si l'on ne les possèdent pas sur place mais poétiser soi-même, écrire, bof... !!  De la musique, allumer la télé, le poste, l'ordinateur, la chaîne hi fi ... Bref...toujours des claviers ou des boutons...aucune création personnelle même futile...Même médiocre ... Même utopiste...!! On nous rend les choses tellement plus pratiques.... À dessein bien sûr... !!!

Découvrant  l'ethnologie par Monsieur Lévy Strauss notamment, dont l'une de ses œuvres "tristes tropiques" restera à jamais  monumentale, je partais avec lui, à la rencontre des Bororos du Brésil ; des Chipewyans : Peuple indigène du Canada, vivant dans les régions arctiques autour de la baie d'Hudson ; des Dinkas : Peuple du sud du Soudan ; des Evenks : Peuple de Sibérie (autrefois appelés Toungouzes); des Aborigènes d'Australie : Peuples indigènes d'Australie continentale ; des Ashantis : Un des groupes ethniques du Ghana......... C'était immense, sans fin !!

Ces cultures s'en sortaient très bien finalement et sans parler d'elles au passé... Elles existent encore grâce à leur mode de vie sobre et profondément simple. Lorsqu'elles avaient faim, elles chassaient, cueillaient, élevaient, cultivaient. Prélevaient sur la faune et la flore le juste nécessaire...
Lorsqu'elles avaient soif, elles allaient se désaltérer aux sources et rivières.
Elles inventaient leurs poésies, leurs arts multiples, leurs religions.
L'entraide et la solidarité leur étaient une évidence... Donc le partage coulait de soi et de tous ... Leurs chants n'émanaient que d'eux. Aucun livre ne contenait leurs savoirs renforçant le vecteur de l'oralité mémorielle séculaire. Ils s'occupaient des vieux tout en se délectant de leurs savoirs agrémentés de belles histoires... Ils se promenaient, pour certains, nus, sans pour autant être monopolisés par un érotisme omniprésent  à l'esprit... Ils inventaient leurs vêtements, parfois très hauts en couleurs magnifiques et objets habilement confectionnés.... Décoraient leurs corps héraldiquement, par amour, pour les batailles, le camouflage, rencontrer les esprits... Leurs poteries et ustensiles, leurs armes, leurs légendes, leurs habitations n'enviaient pas les nôtres dans la mesure où leur ingénierie partait de loin.....Ils n'évoquaient jamais le mot écologie car, animistes, tout se respectait...Tout avait  sa raison d'être...!!
Ils maîtrisaient leurs langues et les avaient inventées au fil des temps immémoriaux.... En Namibie, les Himbas ont plus de 600 mots qualificatifs ou signifiants en relation avec .... le nom commun "vache"... !! Il a fallu que 600 mots pour réaliser 20 années de la série "Dallas"...!!! La langue d'oc ( Occitanie)  est cinq fois plus riche que le français pourtant si majestueux.... !!!
Ils élaboraient, selon les nécessités du moment,  des outils défiant l'habileté et l'intelligence. Faire du feu ne leur était pas un problème. Ils avaient leurs danses... Les expressions de leurs regards habillaient et animaient leurs silences. Leur endurance m'émerveillait autant que leur patience avec tout et les enfants en particulier... Je relevais des pensées de guerriers, de vieux chefs et grands-mères profondément philosophiques. Des "sauvages" sans "animosités" (!) en vérité mais pas moins humains...!! Peut-être que les "sauvages" protègent ce qu'il y a encore "d'humain" sur le globe...?
Ils avaient des pharmacopées dignes des meilleurs soins et diagnostiques... Des tribus nomades du Sahara ont trouvé et utilisé la pénicilline bien avant Fléming !! Ils la récoltait, la réduisait en poudre et la "soufflait" à l'intérieur des bronches...Savaient que la terre était sphérique et qu'elle tournait autour du soleil...!! Ils n'auraient jamais condamné Galilée sur une telle évidence... Un sens inné de l'orientation ... Une connaissance et une observation de la nature sans pareilles,  une adaptation rapides et utilitariste aux choses originales...
En d'autres termes, ils n'avaient besoin que d'eux-mêmes... Ils se contentaient de peu et le transformaient en trésors... Peu exigeants, ils tenaient le temps sans le subir... Regarder les étoiles, une fourmilière, l'autre, ceci, cela, etc... leur était important à une relative égalité, bref... des "Jourdain" de l'ici et maintenant...!!

Certes nous envoyons des fusées dans l'espace, nous avons une littérature gigantesque, une médecine de pointe, des infrastructures fabuleuses, des mégalopoles, des satellites, des armées, des religions..... Mais nous ne sommes pas vraiment libres car nous avons toujours besoin d'un frigo pour boire et manger, d'un magasin pour chasser dans les rayons, de discothèques pour aller danser ou encore chasser des pseudo-conquêtes, de bars  pour aller boire un pot, de travailler, voler ou mendier pour vivre, d'allumer les télés pour remplir nos silences de bruits inutiles, de manipulations parfois bien méritées, nous achetons nos habits sans les avoir créés nous-mêmes, les modes vestimentaires nous tirant par un nez narcissique, donc infantile...etc.... Nous en crevons d'égoïsme, de vanité, d'orgueil, de solitude... Le pire a été l'invention de l'argent...!!! Le bonheur n'étant tributaire que de ce que l'on "a" plutôt que de ce que l'on "est"...!! "On est d'avoir..." Croyant reconnaître notre dû, nous croyions nous offrir des avoirs...

Toute cette technologie, en apparence, nous facilite l'existence mais, en réalité, fait de nous des esclaves !! Plus fort, les auto-producteurs d'une servitude volontaire...!! Nous ne sommes pas très vivants....
Allons !! Lâchés seuls voire en groupes, dans la nature hostile, nous ferions de jolis gibiers... Bien gras mais bourrés de produits chimiques... !!

Au contraire de les comprendre, nous pourchassons ces cultures ancestrales, patrimoines inestimables. Les massacrons, les contaminons, les terrorisons, les éliminons, les humilions, les occidentalisons..... Ils tiennent, pieds nus et mains sur le cœur sans crédulité facile, le secret de notre avenir commun avec leurs sagaies, leurs huttes et leurs arcs...Ils sont la mémoire universelle de l'humanité... !!!!! Ils savent encore ce que nous avons oublié... Ils savent encore ce que nous étions...!!!

Que faisons-nous de nos mains, de notre intelligence, de notre liberté...? Eh bien de tout ce que nous n'avons pas choisi...!! Ces pseudo-sauvages n'attendent rien de personne, ils ne comptent que sur leur histoire et eux-mêmes... Leurs besoins ne sont satisfaits que de ce qu'ils fabriquent. Nous avons tout à réapprendre d'eux pour un progrès social plus juste, moins consumériste !! N'ayons pas honte de le dire !! Revenons à des choses plus simples, retrouvons une tranquillité naturelle et légitime même imparfaite...!!

Des Navajos étaient venus échanger leurs connaissances ancestrales du filage de la laine avec des corses spécialistes de cet artisanat, de ce savoir... Les kilomètres de distance n'y faisaient pas....!!! Ils se connaissaient depuis le néolithique...!!! C'est vers 30 ans que je compris que j'étais Corse !! Je fus saisi, un jour de printemps, par ma provenance historique... Je savais où aller...avec mon ordinateur...!!

Le molosse quelques mois plus tard....

Lui : ayant perdu au moins 30 kilos...
Salut Ange !! Tu me reconnais...?!!
Moi:
Euuuuh...?!
Lui:
Celui que tu avais envoyé à l'hôpital...!!
Moi : pas vraiment tranquille...
Oh merde, t'es plus le même !! C'était que de l'aïkido, tu sais...?!!
Lui:
Eh oui, j'en ai perdu des kilos...! Je tenais à m'excuser pour ma vanité de t'avoir envoyé balader lorsque tu étais venu me rendre visite à l'hôpital ...!!
Moi : faisant mine de simplicité plus par timidité...
Je ne t'en ai jamais vraiment voulu, tu sais !
Lui :
Je suis troisième kyu, tu sais... Je me régale...!! Tu as agi en véritable maître...
Moi :
Euuuh... "Millimaître" s'il te plaît...?!! Rires.......!!!

( ........................ )

Il avait gagné non pas contre moi mais contre lui-même, victoire des victoires, et cela m'a rendu très heureux... Tout petit vecteur que je fus...
Que vaut une victoire...? Que vaut une défaite...? Rions de tout cela.... Vite...!!!

Le très grand Maître d'aïkido, Monsieur Cognard, entraînait ses élèves dans le désert..... Il fit s'agenouiller tout le monde, de même que lui, et, face au portrait du Senseï Morihei Ueshiba, Fondateur de l'aïkido, une fois parvenus au silence ne laissant entendre que le vent filer à travers les êtres et les éléments, déplaça un petit caillou de la main droite. Tranquillement, délicatement, et leur dit :

"Je change la configuration du désert" !!

Me voilà rafraîchi à vie...!!

http://www.youtube.com/watch?v=zQcDBPjHPvQ

Leçon pour Claude Guéant et les étudiants de la droite Unie et de la gauche égarée...

http://www.youtube.com/watch?v=iYfb5tuhwB8&feature=related