"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

lundi 26 janvier 2026

Le destin d'une faute...!

Vers les années 1900, dans tous les villages où la viticulture n'était pas un luxe mais une nécessité culturelle, chaque parcelle était choyée comme son propre enfant...! Cela demandait un travail de tous les instants, une concentration, une observation, une gestion difficiles, de l'obstination sur des savoirs ancestraux...! Tout à la main et quand on avait une bête, c'était remarquable...!

Lorsque le vin avait rempli les tonneaux, après des labeurs incroyables, comme il se disait, quand le vin est tiré, il faut le boire...! les bons moments n'étaient pas foison, on s'amusait comme on pouvait avec ce qu'on avait...!

De son peseudo Jean bati Cocagoca, fils du père de la famille de mon arrière  grand-mère paternelle, sentait démanger en lui l'envie de faire la fête...!! Il appela ses amis et burent jusqu'à l'ivresse ce vin nouveau si mérité et attendu, espéré et choyé...!! L'ivresse atteignit un tel niveau qu'ils ne se rendirent pas compte d'avoir oublié de reboucher le tonneau...!!

Une fois le drame découvert et la terreur qui frappa leurs consciences, ils fuirent tous et notre Jean Bati en fit de même...!! Rien qu'à penser la furie de son père le terrorisait...!! Il alla faire son baluchon et partit pour presque toujours, on ne le revit plus au village pendant des décennies...!

Affamé et assoiffé sur les routes, ne se désaltérant qu'aux rivières et fontaines, il arpenta tous les chemin d'une île dépeuplée à cette époque...! Il décida de faire ce qu'il faisait le mieux, chanter...! Il fit donc l'aumône en chantant aux fêtes, pour les familles, aux auberges...!! Rappelant ce que faisait une certaine Piaf sur les marchés dans une misère effroyable...! N'ayant aucun toit sinon ceux qui lui étaient proposés par pitié ou remerciements, il dormait dehors aux quatre saisons...! Les endroits où il se sentait en sécurité étaient les cimetières, "c'est impossible de craindre les morts, ils sont les seuls à ne jamais faire de mal"...!

Le répertoire culturel corse lui doit quelques chansons dont les titres m'échappent...?! 

Bien des dizaines d'années passées, sentant sa santé défaillir, le poids des saisons sur son corps, abimé d'une vie d'errance, aux erratiques bonheurs pour leurs raretés, les humiliations d'être considéré comme clochard, pas d'enfant, plus de famille, le ventre souvent vide...!

La tragédie d'une vie est d'être épouvantablement seul, non pas seul des gens mais de se "sentir" seul...! À quoi se raccroche-t-on donc, à ses souvenirs...! Après tout, j'ai une famille...!

Il repartit parfois accompagné de moines itinérants, ce qui lui permettait de parler, sûr de leurs silences sacrés...! Il arriva, au bout d'un périple exténuant, aux abords de son village qui avait bien changé, tout ce qui vit change...! Il vit sa maison et pris son courage à deux mains, alla frapper à la porte... Sa dernière sœur ne le reconnut pas immédiatement puis elle poussa un cri, faisant croire aux autres d'un cri de douleur...!!

Tous et toutes arrivèrent et n'en crurent pas leurs yeux, leur frère était vivant...!! Tout refit surface, le bon comme le mauvais...! Ceci étant, une fête fut organisée la soirée même, rires, larmes, histoires, etc. Le père était mort, la mère peu après lui mais bien au contraire de ce qui l'avait terrorisé au jour de sa faute, ils avaient souvent pleuré de son absence, la mère allait souvent sur le versant de la montagne, la route y était plus visible, afin de voir revenir son fils " Ghjuannucciu  caru"*...! La sœur ainée prit le rôle de cheffe de famille, ne se maria jamais pour honorer la charge de la famille, se sacrifiant totalement...!

Mais voilà, l'humanité dans ses travers comme ses beautés demeure...! La sœur ainée qui s'était occupée de tout, tant de la famille que des terres et de la maison, ne changeait rien aux dernières volontés testamentaires du père et seul devait hériter des biens familiaux le fils ainé, "u figliolu maio"...!!

Alors l'alcool, le vin coulèrent à flot et JB ne pouvait y résister, au milieu des siens, enfin de retour, oubliant ses misères, douleurs et souffrances, il se laissa aller...! Au point d'un niveau d'ivresse inouï...!

La sœur, dans la protection de ses intérêts, lui sortit un document en lui faisant croire qu'il fallait signer afin d'hériter des biens....! Sauf que c'était une lettre qui disait que JB refusait la succession...!! 

Eh oui, la perfidie s'était mêlée à l'injustice que ressentait sa sœur...! JB si saoul était incapable même de lire, il alla se coucher et ne se releva plus, il mourut dans son lit retrouvé, n'ayant connu que le bonheur d'une famille retrouvée d'un soir mais qu'il gênait violemment...!! L'ignominie de sa sœur tenait à un bouchon de tonneau...! 

La sœur hérita de tout, forte du document dument signé du frère...!

Ainsi va la vie, la mort et entre deux, les vicissitudes humaines peu souvent jolies...! Gardons les meilleurs moments et regardons ailleurs, les choses seront toujours ainsi...!!


* Ghjuannucciu caru : petit Jean "cher ou aimé".


 C'est Melchior.... 

Dans les villages partout dans ce pauvre monde et en Corse en particulier, et là où trainent des humains, l'on y retrouve, à peu de choses près, les mêmes mœurs sauf exceptions, spécificités ethniques ou culturelles...

Faustin, mon père, se trouvait sur la place du village, forum des "changeurs" de mondes, là où les yeux voyaient bien des choses, où se disaient des vérités et des mensonges à l'envi...!

À une époque où le Maréchal Pétain avait refoulé toutes une partie de la pègre en dehors de la métropole, il se trouvaient bien des siciliens, sardes, corses et autres parties parasitaires des civilisations...!

L'identitaire est une spécificité, certes, mais avec ses parasites aussi...!! Parasites tout autant identitaires...!!

L'on y trouvait un dénommé Melchior, maquereau de son état, sévissant sur Paris, vers les années 1900, mon père étant né en 1926. Mon valeureux père rentrait des travaux des champs et de son jardin, San Marchellu...! L'âne chargé de légumes, de bois, de fruits et autres trouvailles sur le sentier de remontée vers la village d'Occhjatana en Balagne...!  

Il aimait marcher avec son âne, il lui parlait et parfois chantait pour maitriser un tant soit peu le temps, de ces chants immémoriaux dont les trames augmentaient, intensifiait, magnifiait l'existentiel humain...! La bête comprenait, non pas les mots mais l'intention de son maître qui marchait à ses côtés pour ne pas en augmenter la charge...!

Passant devant l'assemblée assise des anciens mêlée de jeunes, notre intéressé Melchior interpella ma mon père, épuisé de sa journée...

"Faustin, va t'occuper de mon jardin et si tu refuses, je vais t'y envoyé à coups de pieds au cul...!!"

Trop de témoin sur la place pour tenter quoi que ce soit , il répliqué :" Oui, attends, je vais repasser avec l'âne pour me rendre à ton jardin...!"

Bien sûr que non...! Il alla attacher l'âne à l'anneau prévu, un anneau plusieurs fois centenaire puisque fabriqué à la forge et dont les plus anciens personnages du village disaient qu'il existait au minimum depuis 300 ans... Durée moyenne de vie d'un âne 50 ans...?!

Dans la maison étaient accrochés 17 fusils, du plus vieux rouillé des arrières arrières grands-parents aux plus récents de mon grand-père, père de mon père... Et donc celui-ci remarqué l'attitude de son fils, très certainement en colère et prêt à en découdre jusqu'à la poudre...!

Il posa sa main sur l'épaule de son fils et lui demanda calmement...

"Qu'est-ce qui se passe O Faustin, ton regard vide remplit toute la pièce....!"

Mon père répondit  que Melchior avait ceci et cela, qu'il allait lui régler son compte...! Son père, chasseur devant l'éternel et braconnier émérite, lui répondit...

"De nous deux, celui qui doit aller en prison ou mourir, c'est moi, pas toi...! Quand tu seras chef de famille, tu comprendras...!"

Anghjulucciu, (je porte son prénom...), alla récupérer un fusil à canons sciés et le glissa sur le côté de sa gabardine... Prit l'âne et alla comme s'il voulait se rendre au village voisin... Personne n'y prêta attention jusqu'au moment où, passant à proximité de Melchior, sortit son fusil, braqua le Melchior sur la tête et lui demanda calmement...:" Dis O Melchior, à quelle heure il va commencer Faustin...?!

"Mais Anghjulucciu, c'était une plaisanterie pour le taquiner, sans plus...!"

"Et bien, on va continuer la taquinerie, c'est toi qui va y aller et pas plus tard que maintenant...!!"

Il y alla, toute honte bue mais vivant...!! Les années passèrent comme dans tous les villages d'Italie, de Sardaigne, de Corse et de Toscane...!! 

Dans chaque village donc chaque commune, il y avait et a des confréries, sortes de mutuelles d'entraide et de solidarité, très concurrentes de l'église...! Pour aider les personnes âgées, les malades, handicapés, chômeurs maintenant parfois selon l'importance de la confrérie... Selon qu'il faille faire un muret, nettoyer un jardin, peindre , bricoler, etc. Et même pour les actes religieux, ou les corvées de cimetières...! 

Un jour, mon père et un ami s'étaient rendus au cimetière pour une réduction d'un corps... C'est à dire réunir les ossements, les déposer dans une caisse et l'entre poser ailleurs...

L'ami de mon père pris un crâne entre ses mains et lui parla...:"Alors, tu ne frappes plus personne maintenant hein...?!"

Mon père lui demanda s'il ne devenait pas fou de parler à un crâne et de facto, l'ami répondit :"c'est Melchior...!" Destins éphémères et funestes...! 

Une histoire bien macabre me direz-vous, eh oui, bien évidemment...! Pauvres humains, hères aléatoires, atomes dans l'univers, la vanité cancérise le tout...! Ne jamais se laisser faire reste une règle absolue, il faut s'y tenir...! Jusqu'à quand, jusqu'où, qui, comment, pourquoi...?!