"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

mercredi 23 mai 2012

Brouette, pirouette… !!

Brouette, pirouette… !!

Á Toulon, l’arsenal, c’est une institution locale tout autant que nationale. D’ailleurs, on y chantait un refrain bien connu et entré dans les mœurs méridionales : « Á l’arsenal, on fout que dalle… !! »
Néanmoins, les entreprises, elles, y travaillaient vaillamment.
Combien de collègues y sont allés « travailler » ? Considérable…
Pour ma part, j’y suis allé travailler dans des cuves de méthanier afin d’y souder des tôles en inox sur du balsa, bref…
Une chaleur là-dedans l’été...!!!
Des kms de soudures ne croyant jamais à leur fin…
Tout cela pour exprimer à quel point le travail des entreprises était intense, surement méritant. Pas le temps de rigoler, les tôles, une fois distribuées sur les échafaudages et aussitôt présentées et soudées à l'argon.
Les moments du repas de midi étaient attendus avec force faim et fatigue.
Un petit bonhomme vaquait toujours à la même chose, il remplissait une brouette de foin pour, paraissait-il,  ses lapins. Á l’orée d’une retraite bien méritée, la police militaire le laissait faire avec respect et sympathie, disons tolérance... On n’allait pas s’emmerder pour du foin que, d'ailleurs, ce bonhomme nous débarrassait opportunément ….
Popaul était son pseudonyme, n’ayant, nous-mêmes, jamais su son vrai nom ou prénom… Il était d’une constitution joviale, toujours de bonne humeur, jamais un mot plus haut qu’un autre. Il rendait service aux uns et aux autres sans rancœur ni attente d’un quelconque retour.
De temps à autre, il venait parler avec certains d’entre-nous, ce qui lui permettait de rouler quelques cigarettes….

Lui :
Salut les gars, pas trop dur, aujourd’hui ?
Nous :
S’il faisait moins chaud, au moins ça ?! Alors, ces lapins, ils ont quel goût ?
Lui :
ça dépend de ce qu’ils bouffent. Á la réception des colis,  il y a de la bonne paille... Quand je pense qu’ils la jetaient, ici… ?!!
Nous :
Mais ça ne te gonfle pas trop de toujours la porter avec une brouette jusque chez toi… ?
Lui :
Eh bè, porter deux bottes de pailles sur le dos jusqu’au pont-du-Las, tu vois ce que je veux dire… ?
Nous :
Ouai mais à pieds jusqu’au Pont-du-Las avec une brouette, putain… ?!!
Lui :
Maiiiis non !! Je prends le bus avec mon ami d’enfance, il me laisse monter…. Mais ça doit rester entre nous hè….
Nous :
Ça fait combien de temps que tu t’occupes de tes lapins… ?
LUI :
Oooh quinze ou vingt ans peut-être, plutôt vingt….

Puis il retournait à ses activités de gardiennage. Les autorités l’avaient, en effet, reconverti en gardien suite à un accident de travail comme ajusteur/tourneur. Il s’occupait parfois des apprentis soudeurs, en relation avec le centre d’apprentissage et en tolérance avec les responsables.
Il nous arrivait aussi d’aller faire la causette avec les flics à l’entrée de l’arsenal. C’était des gens sérieux et peu prolixes en paroles… Leur fonction appelait à des obligations de réserves compte tenu des passages parfois délicats sur un centre militaire.
Notre Popaul, lui, prenait toujours le temps de parler un peu avec eux, posant sa brouette de paille sur le côté. Ils avaient beaucoup de patience car l'entendre parler de lapins à chaque passage faisait qu’ils raccourcissaient  les conversations...
Popaul ne leur en voulait pas, c’était pas sa nature au Popaul d’en vouloir à des gens qui travaillaient. Il finissait par disparaître dans la masse industrielle pour devenir anonyme dans la rue. L'anonymat, c'est un art de Maître de la transparence à qui sait...!!!
Puis, le jour de sa retraite arriva. Je me souviens encore de la réception qu’on lui avait préparée. Un nombre considérable de collègues, d’invités, de chefs était présents voire quelques-uns de sa famille mais pas d’enfants car il ne s’était jamais marié le Popaul…. Pourtant grand danseur de tango argentin devant l’éternel, Popaul !!
Il se fait que, parfois, dans une vie, on n’a pas eu d’enfant. Loin d’être un manque, ce que certains nomment une erreur, d’aucuns en font du courage, ce qui ce vaut tout autant.
Les années ont passé comme n’importe quelle année se ressemblant.
Je rencontrai un collègue ayant connu la même courte période que moi à l’arsenal. Bien entendu, nous nous retrouvâmes sur des souvenirs impérissables et, ne serait-ce que le fait de nous retrouver nous remplissait d’une joyeuse nostalgie.
Et tu te rappelles de lui, d’elle, de ce bateau mal fini et à refaire, de ce chef qui disparaissait, de celle-là aux yeux de feu … Puis, avec tendresse je demandais des nouvelles du Popaul que j’espérais encore vivant….

Moi :
Et le Popaul… ? T’as des nouvelles… ?
Mon collègue :
Popaul… ?!! T’es pas au courant… ?!!
Moi :
Euuh, non… ! Il est pas mort quand même… ?!!
Mon collègue :
Eh oui… ! Mais tu ne sais pas l’histoire alors… ?
Moi :
Quelle histoire… ?
Mon collègue :
Bon, je croyais que tu savais…. Alors, voilà… Tu te rappelles quand il sortait avec son foin pour ses lapins… ?
Moi :
Oui, et alors…. ?
Mon collègue :
Putain qu’il était fort le balèze… !! Les agents de sécurité ne lui demandaient plus ce qu’il faisait de ce foin, c’était si simple, hein…. ?!! Regardant mon visage en essayant d'y détecter le moindre signe d’étonnement, de compréhension par déclic mais rien ne venait…. Comment l’aurais-je pu… ?!!

Il continuait :
Mon collègue :
Tu vois le marché du Pont-du-Las ?
Moi :
Mais bien sûr, t’es con ou quoi… ?!!
Mon collègue :
Ecoute-moiiiii ! Le bar de Marius, celui de la femme un peu folle… ?
Moi :
Ouai… !
Mon collègue :
Y avait un local vide, tu vois… ?
Moi :
Ouai… !
Mon collègue :
C’était Popaul qui l’avait loué. Et tu sais ce qu’il y vendait… ?
Il se mit à rire à gorge déployée pendant une minute, 60 secondes de fou-rire, c’est long….
Moi :
Du foin… ?! Croyant faire de l’humour….
Mon collègue :
Maiiiis non !!!! Ahahahahah….. Des brouettes, putain….. ! Des putains de brouettes par dizaines…..
Moi :
C’est paaas vrai ?!! Incroyable…. !! Pendant 20 ans, il nous a fait avaler le coup des lapins…
Mon collègue :
C’est pas ça… C’est que les lapins existaient bel et bien… Il avait fait  d’une pierre deux coups, le Popaul… !! Et tu sais comment il avait appelé son magasin… ?
Moi :
Maaa foi… ?!! Le coup du lapin… ? Sûr de mon humour légendaire...
Mon collègue :
« Á la brouette joyeuse ! »

Sacré Popaul vaï...!! Quelle leçon sur nos certitudes!! L'anonymat lui était salvateur, l'avait mis à profit...!!!
Après la sardine de Marseille, la brouette de Toulon était née…
Cette petite histoire valait-elle bien une morale ? Peut-être en disant que la brouette ne vaut pas le foin qu’elle porte … ou son contraire…. ?? Voir et regarder sont demi-frères… !
Un peu comme Thanatos ( dieu de la mort) et Hypnos ( Dieu du sommeil)… La police militaire était dans les bras de Morphée, le tout sous les yeux de Nyx et nous loin derrière... !!
Plus tard, j’apprenais qu’une hélice en bronze de 35/85 tonnes venait de disparaitre….. Légende… ?
Il faut savoir raison garder du contenu au contenant….
Je vais me servir un pastis, excellent contenu… Pour le modeste contenant que je suis…!!
Aaaah !! L'apéro, une véritable finalité philosophique...!!!



jeudi 17 mai 2012

Allez !! La dernière… ?!!

Allez !! La dernière… ?!!

C’était un jour de soleil à Toulon, place d’Espagne. Un temps magnifique où, tous, se promenaient à l’allant léger. Les enfants jouaient, les parents profitaient du soleil, les pigeons aussi… ! C’est beau les pigeons mais quand ils s’amassent et s’envolent, les fientes restent et sentent parfois très fort.
Des joueurs de boules commençaient à se réunir, les boules à la main sans jeu de mots à l’emporte-pièce… Les uns regardaient les autres en espérant que les parties se missent en place. Bref, une journée méridionale comme toutes les mêmes, avec maître-soleil, c'est notre chance ...
Néné, Lole, Jo et bébert, lancèrent les défis du matin afin de débuter une partie d’intérêts, voire plusieurs… Des passants lyonnais regardaient avec curiosité les débats. Leurs imaginaires remplis de  films de Pagnol alimentaient leurs attentes vacancières.
L’un d’entre eux s’appelait Robert. Celui-ci se demandait, ne serait-ce que pour le souvenir, si lui et son copain pouvaient défier les provençaux, champion des carreaux à la volée et à l'accent de Raimu ou Fernandel… Il levait joyeusement la main en demandant "aux accents chantants" s’il était possible d’entamer une partie… Les habitués de la place se regardaient et, d’un léger sourire, comprirent qu’ils étaient tombés sur une affaire en or, bien juteuse en paris. Les présentations se faisaient rapidement et le jeu commençait.
Bébert :
Pile ou face, Robert ? C’est votre prénom, hè… ?
Robert :
Oui oui ! Et si j’ai bien compris, vous, c’est bébert, n’est-ce pas ?
Bébert :
Eh bè, on peut rien vous cacher, hè ?!!
Robert :
Pile ! D’un accent pointu .…
Ils firent lancer la pièce par l'un des spectateurs…
Le spectateur :
Face !!
Bébert faisait un rond parfait au sol et lançait le bouchon. Rien ne pouvait les atteindre, ils connaissaient le terrain les yeux fermés, ce qui promettait une journée bien rentable…et des tonneaux d'apéros !!!
La partie n’était qu’une formalité et, en effet, l’opposition s’avérait fragile. Bébert restait tout de même dubitatif tant le jeu d’en face était maladroit mais s’en frottait malgré tout, les mains. C’était leur jour de chance… Ne fallait-il pas gâcher cette aubaine venue du ciel… ?!!
Mènes après mènes, la partie se finissait par un cinglant 13 à 3 !
Les Lyonnais, ne voulant pas en rester là relançaient d’un quitte-ou-double fier et sympathique, ce qui ne leur avait pas valu moult résistance…
Les méridionaux, rois de la pétanque, à coups de gestuelles grandiloquentes, ne faisaient point les difficiles et leurs lançaient :
Bon ! Si vous avez de l’argent à perdre, ça vous regarde… !
Une autre partie s’engageait et toujours la même facilité, aucune ou si peu d’opposition à l’horizon lyonnais… La chaleur se faisait lourde. Les habitués de la place, joueurs de boules invétérés étaient jaloux de voir leurs collègues bénéficier d’une chance inouïe.
Un habitué : dans la galerie des…habitués !
Pourquoi eux et pas nous, non de Dieu, y sont encatanés… ?!! S’écriait l’un d’entre eux, les mains dans des poches bleue de Chine…
Rien n’entamait la volonté des Lyonnais qui redoublaient les défits après chaque défaites aussi entêtés que Sisyphe…
Ce fut cinq parties jouées et remportées par les méridionaux. Ils n’en pouvaient plus de tant de facilité, le soleil les écrasant crescendo… Il fallait être un touriste lyonnais pour rester sous une telle chaleur. Ils voulaient arrêter, leurs poches étant pleines de paris gagnés. L’appel du pastis bien frais agissait fort sur leurs papilles… Après une longue discussion, ils cédaient aux malheureux lyonnais et firent une ultime partie…
Horreur… !!! Malheur… !!! Grand moment de solitude méridionale « boulistique »… !!! La chaleur s’intensifiait par dix… !!!
Que se passait-il ? Ils n’arrivaient plus à rester devant au score… ?!! Le drame !! Qu’arrivait-il aux lyonnais… ?!! Ils raflaient tout, tant à la pointe qu’au tir… Bref…
La partie se finissait par un 13 à 2 sans bavure… !! Le lyonnais, petit de taille, à l’accent pointu avait fait 12 carreaux en place dont l’un sur une plaque d’égout, ce qui prévalait d’une adresse sans pareille. Ils ramassaient la mise qui s’élevait, à l’époque, à 3000 fr… !
Bébert : Furieux…
Tè, c’est quoi cette affaire, moi, me faire battre par des passants... et lyonnais en plus… !!!!
Il prenait ses trois boules et les jetait dans le caniveaux le plus proche. Le lyonnais avait réussi à retrouver ce « Pagnolesque »  qu’il cherchait tant…..Il était servi...!!
Robert :
Allez !! La dernière… ?!!
Pas tous les pigeons ne laissent la même fiente derrière eux, faut-il le rappeler… ?!! Cette leçon valait bien un pastis, deux, trois, quatre
Jean de la Fontaine se meut encore pour l'eau, bien fraîche, du pastis nommé…….