"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

lundi 10 novembre 2014

De quelque part quelque chose....

Les mots…?
Les mots sont des personnes, des êtres de sens à leur insu… Les mots ne parlent pas, ne disent pas, ils sont… Des outils exclusifs aux humains, des pinceaux pour toiles averties et peintres perdus, des actes signifiants mais ne montrent pas du doigt. Ce même doigt qui n’est pas responsable de l’esprit qui le fait se mouvoir… On leur donne une identité nommée orthographe ou plutôt orthographie…Les mots sont autant cartouches que médicaments, il faut prendre garde de ne pas les lancer tel des cailloux, ils ne reviendront plus… Ils sont des graines pour cultivateurs de champs blancs ne connaissant pas la récolte d’avance, la révolte qu’ils devanceront, la sérénité qu’ils déploieront. On les sème et on les récolte avec la ponctuation.
Les mots commencent dans le rêve et se matérialisent en une ligne évoquant des lettres  puis des unités lexicales puis des phrases puis des chapitres puis des livres puis un enfant qu’il faudra savoir élever bien, une créature dominatrice, ça va loin, très loin, trop loin… Nous aurons déjà disparus qu’ils nous survivront, il n’y a qu’eux, d’un silence que, seul, l’univers peut comprendre et vivre….Chut !! Ils viennent du vide….!!
Le vide… ? Oui… Le vide… ?!
Il est le maître absolu, il est celui qui contient tout, se dilate à souhait, s’insinue à proportion d’espace, que l’on attrape pas… Il est ce rien d’énergie suprême. Il nous regarde papillonner, nager, marcher en nous permettant de le faire dans une atmosphère, un liquide, un solide. Il y a la vie qui vole, la vie qui nage, la vie qui marche et galope et n’en remercient pas pour autant ce vide qui n’exprime rien, et pourtant, il est au dessus des choses leur permettant d’être. Il est esprit peut-être… ?
L’esprit…? Voyons-le… ?! Enfin, heuuu….?!
Il est là… question de degrés, d’amplitude, de visée, de rien, de tout, d'un peut-être… Comment réaliser les choses sans l’esprit ? Comment se réaliser sans lui ? Il nous fait construire des outils afin de comprendre, de se comprendre… La « pensée » est une fleur, un sexe… ! C’est infini, impalpable, un unitaire pluridimensionnel. La pensée est quantique par nature car elle peut être là et ailleurs, là pour ailleurs. La pensée porte en elle le pour et le contre dès l’instant même et pourtant est une. Elle peut  accompagner le chat de Schrödinger tout en restant à sa place "félidéenne". L’esprit est un sourire, l’être de l’acte, l’acte de créer l’être. On aimerait le vider mais comment, par où, par quoi ? Pourquoi ? Pourquoi pas ? Il est libre de lui-même comme de nous, un rien qui se définit là, un éthéré présent, les boules et les bandes tout une… Je suis moi ou esprit ? Je tente le coup : « moi… ?!! » Enfin, heu…. ?!

Esprit, vide, mots…. Tout se tient sans arrimage…. !!

mardi 1 juillet 2014

De bois d'âme....

De bois d'âme....

Nous osons lever le regard sans subir quelques petitesses vers ces cimes protectrices et qui, jadis, ont vu Jésus souffrir sa passion, Alexandre le Grand se creuser moult chemins vaillants au milieu de troncs et feuillages silencieux de quelques millénaires en témoignages, dans un espoir caché afin d'éviter l’assassin tranchant d'une hache sans conscience ! Aux sons d’une ingratitude bien humaine… De cette ignorance, de ces incomplétudes qui font rêver à tous pouvoirs chimériques…. !!

Que n'avons-nous pas vécu sous ces branches-là qui par grands froids, sommeillant avec un « s »  …?! Sommeillaient de printemps à venir jetant leurs vertes vies sur les contrées de nos cœurs, afin d’offrir leurs fruits charnus gratuitement, sans broncher, là, planté ici depuis quelques deux mille ans peut-être, aux invariables dons, aux puissants pardons...
Gratuits ces fruits ? Non !! Il faut quatre saisons afin de produire un fruit, faut-il les vouloir pour attendre si vaillamment, si patiemment mais bon sang, quel édificateur silence ! La dignité se doit d’être silence et solitude.
Combien faut-il de saisons afin de voir grandir ce verger tant désiré, tant espéré, la peur au ventre, la sueur au corps, l’incertitude du lendemain … ?
La simplicité, le courage, la grandeur  n’aiment pas le bruit ...! Les mots sont chargés de sens mais le sens ignore le sens sinon d’en être pas.
Ces arbres, sous lesquels nous avons vécu, aimé, senti, dormi, rêvé, mangé, tremblé, fait et donné ou reçu l’amour, florilèges dressés sur nos têtes si fragiles de tant de vanité(s), de perte(s) de ce temps si précieux à l’autre…!
Ces Dieux de terre nous chauffent l'hiver, nous parfument de printemps sublimés, rafraîchissent nos corps, - ceux-là mêmes drogués de modes futiles, de fantasmes sans issue, de temps gâché -  et s’en retournent dormir, toujours et inlassablement silencieux....
Nous avons tous un arbre fétiche, un totem d’espoir et d’amour, celui que l'on croise et qui nous parle, nous arrête et nous laisse bouche bée, à bayer aux tourterelles, nous enseignant que devant la beauté, se taire devient le plus beau des langages et nous fait fermer les fenêtres, paraît-il celles de l'âme, afin d'y entrevoir l'infini mystère de ce qui aurait pu ne pas être...
Cet arbre-là, cette énergie qui m'a tant offert, donné sans retour attendu, cet arbre-là, c'était mon papa...!! Mon si sensible papa qui s’est éteint un après-midi du 3 juin 2014 vers 16h30, assis dans un fauteuil au hasard du destin, s’éteignant, seul, loin des siens, tel une bougie en regardant des tourterelles… Enfin… Comme il a vécu… !
Je ne regarderai plus jamais de la même façon les tourterelles….
Ces mêmes tourterelles que j’ai souvent et bizarrement trouvées sur ma route en de tristes moments dans ma vie et qui semblaient me confier qu’elles savaient encore ce que nous avons oublié, messagères quantiques et maîtresses de discrétion, d’humilité…?!!
La magie de ce mot : Papa…. Est un acte maître, plus puissant que les murs de Chambord, Versailles, du couvent de Belgodère ou de Tuani…?!
Le père noël de ses petites filles, de mes filles chéries,  leur a tiré sa révérence comme il a vécu : ne jamais déranger dès lors qu’il pût offrir…
Poser ses jouets, ses cadeaux et se retirer à pas de félins, sans traces, sans attendre le déshonneur matérialiste d’un retour…Sous empreintes d’une sincérité virginale, diaphane…Dans un sac blanc, couleur des anges, des nuages…
Cet arbre-là pousse encore en moi, sans cesse ni relâche, toujours autant silencieux et m'a appris qu'aimer n'est qu'une affaire de preuves et qu'un don n'est pas si gratuit qu'on le croit... ,car ce qui a vraiment de la valeur n’a pas de prix… ?! Si peu de personne, l’âme corrompue par l’avoir, après toi se sentiront bien seules ; mais ne l’ont-elles jamais été autrement… ? On est seul quand on n’est incapable d’amour… !
Tous les cercueils en or massif l’attestent…. !!

Je sens, d'ors et déjà, cette lignification me prenant le corps, ce durcissement se déployant en moi, me faisant sentir le même chemin de vie et de mort, normalité existentielle...
Je deviens arbre et, comme mon bois structuré d’amour d’un si merveilleux et tendre géant de chair et de bonté d’avant que ne cesse, j’espère avoir appris à aimer tel cet éternel Faustin au cœur à jamais immortel.... On peut construire si l'on sait aimer, si l’on n’a pas peur d’aimer...!!

Ton petit arbuste errant, Papa…! D’un fils….

Il me revient cela :

L'individualité humaine sert à mesurer la petitesse des plus grands événements. Combien d'hommes sont indifférents à ces événements. De combien d'autres seront-ils ignorés ? La population générale du globe est évaluée de onze à douze cents millions : il meurt un homme par seconde.
Ainsi, à chaque minute de notre existence, de nos sourires, de nos joies, soixante hommes expirent, soixante familles gémissent et pleurent. La vie est une peste permanente. Cette chaîne de deuils et de funérailles qui nous entortille, ne se brise point, elle s'allonge ; nous en formerons nous-mêmes un anneau.
Et puis, magnifions l'importance de ces catastrophes, dont les trois quarts et demi du monde n'entendront jamais parler ! Haletons après une renommée qui ne volera pas à quelques lieues de notre tombe ! Plongeons nous dans l'océan d'une félicité dont chaque minute s'écoule entre soixante cercueils incessamment renouvelés !

Merci François René de ton brillant château ancré sur cet îlot chétif du grand Bé d’outre tombe....!!

Et puis :

Gémir, pleurer, prier, est également lâche,
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Alfred de Vigny. La mort du loup.

Celui-là seul connaît l’amour qui aime sans espoir. 
Johann Friedrich von Schiller


In corsu :

Un’ ti ride micca di u mo dolu, quandu chi u meiu sarà vechju, u toiu sarà novu….
Ne te moque pas de mon deuil, quand le mien sera vieux, le tien sera nouveau….


Ànghjulu Soldani, d’Ochjatana… !

lundi 27 janvier 2014

La coquille et l’œuf....

          
          Je me retrouvai, en début d'année passée, devant cette satanée télévision qui présentait un documentaire sur les S.D.F., (Ceci dit, après avoir visionner un film terrible sur ARTE nommé « rapace » sur le thème du monde épouvantable de la finance et des traders...!!) qu’il serait plus approprié, en tous les cas, plus franc, de nommer clochards. Pourquoi ? S.D.F. est un sigle qui appauvrit la langue française et ceci à dessein... En effet, clochard fait partie d’un groupe de "bizaretés" lexicales, S.D.F. : non !! Moins de mots, moins de signifiants, moins de sens, moins de vie consciente, mais, par contre, bien plus de mots, de vocabulaire, plus de savoir/pouvoir, bref...
Me revenait d'un coup à ma mémoire pourtant fragile, l'image d'un homme pas immédiatement extraordinaire! Sur cette place nommée d'armes se réunissaient des malheureux, des clochards de toute provenance, de tout milieu, par bien des raisons différentes, hasards fantoches ou terribles...D'autres fois, abominables !
L'un d'entre eux s'appelait Jean, chétif , mal coiffé, mal rasé, probablement pas très propre, les mêmes habits, le regard souvent fixe. Il ne parlait que très peu et son attitude, ses manières de se comporter faisaient de lui un original. Il obligeait l'attention. Avec mes collègues, nous nous retrouvions parfois sur cette place afin d'y développer des dragues d'utopies, de jeux... Bref, de ces occupations d'enfants pubertaires et gâtés à divers degrés...
Cet homme, cette personne m'intriguait, pour le moins que je n'en pouvais le dire...?!! Nous croisons dans nos vies, bien des acabits, des drôles, des méchants, gentils, intelligents, bêtes, très cons, fabuleux, originaux, banals... La liste ne s'arrête pas quant à « l'humain », c'est impossible. Je laisse aux lecteurs qui bien trop m'honorent de me consacrer, un peu de leur temps à me lire, de me caser dans l'un des états sus-nommés, j'en accepterais quoi qu'en soit l'augure...
J'ai fréquenté, aussi et bien plus jeune, une famille de milliardaires, oui, oui ! Les impondérables de la vie m'y avaient déposé, dans ce milieu caché des peuples, des communs comme ils s'attachaient à les signifier, un couple dont l'affairiste était madame, peu nous importe les noms mais bien mieux la situation. J'avais rencontré l'un des deux fils en boîte de nuit à Mandelieu ou Juan les Pins (?) au Shainsha (l'ortographie?), c'était une période faste en filles, en rencontres en tous genres, en situations... Gilles et moi courtisions la même fille qui se marrait bien de nous avec raison car, deux pour une asséchait de fait nos espoirs de maladroits... Il était sympathique Gilles, bagarreur, buveur, pas trop con pour le reste, on se valait, on se comprenait, je finis la nuit chez lui, arrivé comment chez lui, impondérabilité d'alcoolique... 
Ces quelques mois de fréquentation m'ont beaucoup apporté. Nous déjeunions sous la piscine où s 'ébattaient au dessus bien des parasites avides d'argents, de frime, d'utopies... Gilles payait tout, le contraire eût été évidemment impossible, alors, j'ai connu des virées sans précédent, des bringues apocalyptiques, des joies authentiques et des fatigues « harmonieuses »... Mais aucun lien...!!
Je me suis retrouvé sur des yachts remplis d'inconnus aux vêtements impossibles, aux bijoux handicapants, aux champagnes inconnus des magasins populaires, des parties fines aux pokers à trente brique le pot de départ, des émeraudes, saphirs, diamants multicolores, j'ai marché sur des perles perdues et jamais récupérées... Ces gens partaient dans les hôtels les plus merveilleux du monde en y laissant vêtements achetés sur place, en jets privés au dessus d'autres couloirs aériens, des tables garnies de poètes, écrivains, généraux, politiciens, scientifiques, avocats et notaires de renom, d'hommes d'affaires, déjeunant sur des plateaux de tables en onyx d'un seul tenant, aux robinets en or massifs que j'avais envie de faucher afin d'arrondir mes fins de mois mais Gilles veillait au grain...Ça ne se faisait pas,,, !! Quel gâchis,,,, ?!!
Un soir, à table, le père lança : « On va à Rio demain ?! »
Moi, ravi d'entendre ça, les rêves carnavalesques m'envahissaient... ?!! Mal m'en pris, le « on », c'était « eux ».... Adieu veaux, vaches, cochons et Rio...Les masques brésiliens tombaient dru !!
Être autant riche et m'oublier,,, ?! Gilles, lui, était déjà au carnaval de Rio, plein de paillettes et de champagne...Moi, au pont du Las à Toulon....
Je m'en allais en promettant de revenir les voir, je ne revins jamais...
Ce clochard de ma jeunesse m’avait émerveillé, Il m'avait, en quelques mots, quelques intonations passionnées, fait aimer de la poésie, la philosophie, la physique... Il riait à gorge déployée en m'offrant des cigarettes qui lui coûtaient pourtant cher, sa main sur mon épaule me faisait du bien, il était gratuitement gentil... Un être de lumière !!
Ce jour où je revins le voir, il n'était plus là. D'une angoisse profonde, je fouillais la place en chacun de ses lieux, nulle présence !! Je finissais par demander de ses nouvelles à s-ces collègues d'infortune et, l'un d'eux me répondit d'un sourire sardonique : «  L'Jeannot ?!! Risque pas qu'il revienne, il est mort par terre il y a deux jours... Un livre à la main, ce con, le livre est encore là, lui, pouf pouf...!! Ah ! Ah ! Ah ! Comme si les livres te donnaient à bouffer ou t'empêchaient de clapser...?!! Je ramassai le livre : Illusions Perdues de Balzac...Il but un coup, se retourna sous ses cartons qui lui faisaient office de maison afin de tourner le dos à l’indifférence urbaine....Je m'ôtais de son soleil moi qui me retrouvait dans l'ombre du Jeannot... J'en étais effondré, j'étais abandonné de celui qui ne mentait pas, alors trahis d'un sort qui ne l'avait pas épargné...
A ce jour, il me manque encore, cet ingénieur diogénique abandonné par l'amour, ses enfants, le bonheur, le travail et la santé... Il avait participé à l'amélioration des rotors de moteurs d'hélicoptères qui amenaient les riches brésiliens.... à Rio,,, Funeste hasard,,, ?!!
J'ai plus reçu de lui que de tous ces milliardaires imbus de leur pognon sans pour autant tomber dans un amalgame facile... Éminents vendeurs de vide, de très bons vendeurs en l'occurrence...J'en ai réalisé que ce qui a de la valeur n'a pas de prix !! L'un était sale sur lui et propre en lui ; les autres étaient propres sur eux et sales en eux. Mais, tous, bien seuls...J'en étais de même !
La beauté, ce n'est pas ce qui brille car, ce qui brille éblouit. Ce n'est pas l'écume qui fait la mer, la mer, c'est quelque chose d'autre... !! Ce n'est pas le sexe qui fait l'amour, l'amour, c'est quelque chose d'autre, etc...... Je n'ai rien inventé ? Certainement...
Merci Jean... Si tu savais...Tu étais beau, tu forçais ce respect d'attachement,,, !!
Gilles, qu'es-tu devenu … ? Brésilien... ? Ma sincérité valait si peu... ?

« Pour moi, la beauté est la merveille des merveilles. Il faut être bien superficiel pour refuser de juger d'après les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, pas l'invisible. »

Oscar Wilde.