"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

lundi 14 novembre 2016

De toi à moi....


A se rendre compte à quels points d’ignominies, de trahisons sont infestés bien des secteurs de vie de notre société, combien il est difficile voire hasardeux d’y démêler un maigre écheveau d’espoir… ?!

J’étais témoin malgré moi d’une dispute, ce matin, de deux personnes sourdes, dirons-nous. Non pas, nous l’aurons compris, sourdes d’oreilles car les vrais sourds sont bien plus entendants  que les dits  normaux mais de vanités, d’orgueils, de suffisances. L’une développait du vide et l’autre ne savait comment le remplir… 

Peu nous importe le sujet, il était à la mesure de ce qu’ils étaient capables  de développer. Des « Moi je »,  « je moi », « mes », « mon », « me », « moi »… aussi égocentriques que les meilleures expressions superlatives "possédantes"… Un cas de dissonances cognitives de toute splendeur… !!

Il est clair qu’une personne possessive ne l’est que parce qu’elle ne se possède point elle-même et il est, me semble-t-il, assez clair que l’on est vraiment libre seulement dans la mesure où l’on est capable de comprendre que la liberté d’autrui ne nous concerne pas tellement elle se veut sacrée. La confiance ne restera à jamais qu’un pari….D'où, en amour et plus que, des preuves d'amour !

J’entends qu’elle (la personne) ne se maitrise que trop imparfaitement. L’humain a cela de paradoxal qu’il croit posséder une chose, un être, une idée que parce qu’il en a l’envie, cette envie venant d’un manque, il aura bientôt envie de ce qu’il n’avait plus envie initialement. La ronde de l’insatisfaction permanente. La mode, dans toutes ses diversités, en est l’expression la plus pure.

Et chacun vaque à sa vie croyant la posséder pleinement mais sous l’emprise du regard censeur tout aussi vide des autres, c’est un problème en effet… Les seuls qui créent leurs vie sont celles et ceux qui les risquent ! 

D’aucuns donc se croient propriétaires  de ce qu’ils décident et l’égoïsme, expression majeure de l’impuissance avec son outil si fidèle : la jalousie, prend là, toute sa magnificence négative, souvent morbide… !! Bref…

Nos deux hasardeux se disputaient une place de voiture et étaient prêts à en découdre, l’un avec un énorme ventre qui caractérisait  le vrai guerrier et l’autre avec des lunettes aussi épaisses que son ignorance démontrant d’immenses capacités belliciste, évidemment...  Les oubliant complètement, je m’abandonnais à mes souvenirs d’enfance…. Moment de joie indicible !

Me venait une histoire se déroulant dans un village corse, Calasima, très haut perché dans une montagne rude où, bien évidemment, le froid était omniprésent et dont l’amplitude thermique collait d'assez près à chaque saison.

Dans ce très beau et typique village, l’un des plus hauts village de l’île, existait un vieil homme, seul depuis la disparition de son épouse tant aimée, à la voix aiguë et douce, haut de taille, aux mains  calleuses, à l’œil vif et très observateur, à qui rien n’échappait,  chez qui la nature n’était qu’un livre éprouvé. Un dos courbé dans la même courbure des blés qu’il avait dû faucher toute une vie durant à mains nues…Ses rides disaient ce qu’il avait vécu… 

Cet homme avait deux chats, irascibles au possible et chaque fois qu’ils se croisaient, c’était la furie sanglante. Impossible de les calmer, ils se détestaient violemment. Les coups de bâton du vieux n’y faisaient…

Le bonhomme avait tout essayé, jusqu’à les séparer de plusieurs villages  distancés, rien à faire, leurs territoires respectifs leur étaient un prolongement biologique, ils revenaient sans cesse ni relâche. 

Leurs bagarres dérangeaient la quiétude du village, les nuits étaient infernales, les seaux d’eau n’y faisaient pas plus… Ils revenaient et se disputaient tout, le territoire, les proies, les femelles, l'autre…

En corse, comme dans bien des coins de France, à cette époque du moins, on ne nourrissait pas les chats, c’était une hérésie. Ils n’étaient là que pour bouffer les souris, rats et autres nuisibles.  Comme quoi, les chats sauvages sont plus utiles, écologiques que les domestiqués…Mais cela se discute....

Notre homme se mit à réfléchir à une solution efficace, le fusil étant l’une d’entre elles…Là-bas, c’en est une comme une autre, tout autant dans l’Aveyron d’ailleurs !
Il se trouvait que cette année-là était annoncée comme l’une des plus froides de la décennie, ce que confirmait la végétation, les comportements animaux qui sont des signes implacables, et bien plus indicateurs que toutes les météorologies du monde à qui y sait poser l’œil.

Cette nuit-là, le thermomètre descendit  à moins vingt-sept et lorsqu’il faisait des froids sibériens de ce type, les chats rentraient dans la maison, toujours très écartés l’un de l’autre, ayant une cheminée chacun…
C’était le bon moment… !! Le vieux leur ferma toutes les issues de la maison, l’on verrait bien…

Le lendemain, tout était figé dans la glace, tout était gelé, certains arbres, pourtant rompus aux froids successifs précédents n’y avaient résisté, c’est dire… à cela, il fallait ajouter un de ces vents des montagnes de 90 kmh, augmentant la sensation du froid.

Notre philosophe s’ignorant comme tel, fit le tour des lieux et que vit-il : les deux chats enroulés l’un dans l’autre afin de se donner chaud, formant une spirale parfaite, chose totalement imprévisible, impensable  auparavant….
 Le vieux ne put se retenir de lancer sa sentence, une de celles lui venant toute seule… : « hum, hum…. !! Quand il fait chaud, vous vous haïssez ! Quand il fait froid, vous vous aimez… !! » 

Sentence simple me dira-t-on… ? Si nos deux cons du début avaient eu bien froid, ils ne seraient pas sortis de leurs véhicules mais de toute façon, trop abrutis pour une accolade de raison avec la volonté de régler un différent avec le sourire… !!

Essayons d’en tirer fortune et mangeons nos chapeaux car savoir communiquer est l’art des gens de bonnes compositions, de bonnes volontés… 

L’eau dans le désert se partage, n’appartient à personne ; la couverture dans le blizzard tout autant, ce sont les islandais qui le disent après avoir croisé un caravanier arabes en vacance….