Quand j'serai grand, j'épouserai maman...!!
Nous sommes en Auvergne vers 1950 entre le Puy-de-Dôme et le Cantal, au sein d'une paysannerie profonde entourée d'une riche et merveilleuse campagne encore un peu sauvage.
La guerre et son cortège de malheurs terrorisants restés encore chauds. De ces braise-là qui vous rappellent sans cesse que le "diable et sa peste" attendent derrière chaque porte, chaque fenêtre, voire chaque être...?!! Où les ombres du mal rodent encore, ceci dans le silence d'une vengeance contre la démocratie et le bonheur de tous, et qui reviendra. La peste tient toujours ses promesses... peu importe le véhicule, mais sévira... Les crises économiques leur sont des maladies opportunes , d'autres guerres!!
La scène se déroule dans une vieille ferme épargnée par les bombardements. Une mère: Jeanne ; un fils : Antoine ; deux soeurs : Françoise et Marthe.
Pourquoi dis-je "deux soeurs" et non "deux filles"? Pour une raison peu simple qu'encore à cette époque-là, les parents disaient "j'ai un fils et ses deux soeurs" ou bien plus rarement "j'ai Antoine et deux filles"!! Le garçon gardera le nom, les soeurs le perdront. L'héritage ne tenait qu'au nom porté, fort d'un chromosome ultra-microscopique x, dominateur culturel, marqueur mâle imprescriptible...
La mère:
Françoise !! Marthe !! Antoine arrive, je l'vois su'l'chemin près du chêne des Balkans...!! Aidez-le à s'déchausser... Il est épuisé, r'gardez comme il marche, mon p'tit...!!
Antoine entrait dans la grande salle et s'asseyait, plutôt s'effondrait sur la première chaise venue. Il tendait le pied droit à Françoise et l'autre à Marthe en vidant un verre de rouge de Cahors. Il sentait l'herbe et la sueur des champs. Les bottes, elles, la bouse... Elles s'exécutaient en silence, le regard baissé. Qui vit au milieu des bouses n'en sent plus l'odeur...!!
Antoine n'y voyait rien d'autre que de très normal. Il répétait ce qu'il avait toujours vu, connu de son père avant que le pauvre bougre ne meure au pied d'une meule, un jour de fenaison suite au passage de deux nazis SS éméchés. Ils furent abattus une heure plus tard sans remord, finis à la fourche mais allez donc remplacer un père...?!!
Il répétait donc ces gestes centenaires de ces hommes qui étaient les maîtres absolus. "Patrilinéarité" extra-muros, "matrilinéarité" intra-muros. Eux, c'étaient les champs, les bêtes, du vin, du tabac, la politique et pratiquement rien d'autre. Elles, s'occupaient du reste: "comme ils disaient, les vieux, alors...!!"
Antoine ne faisait rien à la maison sauf les travaux que les femmes ne pouvaient produire, malgré de visibles compétences visionnaires qui n'intéressaient personne. La vie était rude pour tous, des hommes ou des bêtes, le labeur se lisait dans chaque regard, chaque dos courbé, chaque silence, l'humiliation en moins pour les gars.
Les filles, elles, n'avaient pas le temps de penser à elles, enfin pas souvent. Il y avait bien le fils du maire, Dominique, qui reluquait la Marthe mais... Surtout dans le secret des meules...
La mère:
Allez ramasser l'linge et c'lui d'Antoine, vous l'r'pass'rez tout d'suite. Il n'a pu'rien à s'mèt sur l'dos, l'pauvre...!!
Les filles se regardaient en silence, de cette complicité à force d'obéissance réflexe, devenues insensibles aux "brimades".
La mère:
Alors mon grand, c'te'clôture, t'as assez d'piquets...?
Antoine:
Heureusement que l'Dominique était là, d'passage. Il m'en a j'té une bonne vingtaine près d'la fontaine des sénégalais. J'vais p'voir finir j'pense... C'tantôt dimanche, si m'sieur le curé m'laissera travailler l'jour du seigneur...?!
La mère:
Il est b'en l'Dominique, depuis que j'l'ai vu naître, il n'a jamais changé. Mais, y a p't'êt què'qu'chose là-d'ssous...? Vas don savoir un peu...?!! L'curé, j'en fais mon affaire...
Antoine:
En tous cas, il s'est pointé au bon moment, c'est bon p'l'vaches. Et si c'est bon pour elles, c'est qu'c'est bon pour nous...
La mère:
T'as pas froid au moins...? T'as faim...?
Antoine:
Non, t'inquiète pas tr....
Tellement inquiète qu'elle hurla les prénoms des soeurs....
La mère:
Aller ! Tout'les deux, v'voyez pas qui va attraper froid si vous n'lui préparez point à manger...?!! Aller, au boulot...! Sur les saintes huiles...!!
Les filles s'exécutaient sans broncher sauf que Marthe, la grande gueule lançait:
Marthe:
Il est pas à l'article d'la mort l'frérot, quand même...!! Et puis, y p'faire dix mèt pour s'réchauffer le cul d'vant l'feu...Nous, on a les vaches à traire, d'abord!!
La mère:
Vot'frère représente tout'la maison, nom d'Dieu...!! C'est l'fils aîné et l'chef d'famille maint'nant... Vous devriez avoir honte d'parler comme ça, folles qu'vous êtes...!! Faut s'aider ent'femmes...!!
Françoise:
Moi, j'ai rien dit, alors, parle à Marthe...!! C'est t'jours pareil, que c'soit l'une ou l'aut' qui parle, les deux morflent...!!
Antoine:
Laisse, m'an, j'peux m'débrouiller, t'sais, elles ont raison...
Le fils avait parlé, équivalant à une sentence de maître, c'était donc le bon signe d'un futur chef de clan, heu!! De famille ... La mère s'inclinait immédiatement.
Les années ont passé, Antoine avait été élevé comme un coq en pâte. Sa mère lui passait tout, ses frasques de célibataire, ses dettes, ses erreurs, ses imprudences, ses insuffisances, son ignorance, ses..., son..., Sa... Circonstances atténuantes héréditaires...!!
Les filles avaient été mariées à condition de rester près de la ferme au cas ou le frère aurait eu besoin d'elles. Elles ne devinrent libres qu'à la mort de leur mère partie trop seule. Enfin, libres...?
Antoine épousait la soeur de Dominique, Marie. Une gentille fille animée parfois d'assez bonnes réflexions sur les choses de la vie.
Antoine:
Marie !! Vin m'lever l'bottes, j'suis crevé...?!!
Marie:
J'n'ai pas l'temps !! Tu p'pas l'faire toi ?!!
Antoine:
C'est quoi c't'r'ponse, faut q'j'appelle mes soeurs maint'nant...?!!
Marie:
Non, mais, elles, c'est pas Marie, tu comprends...?! Combien d'fois faudra q'j'te dise que j'n'suis pas ta mère... Encore moins tes soeurs !? Sinon, va faire des mioches à tes soeurs ou ta mère... p'voir un peu...?!!!
Ils eurent deux enfants, une fille et un gars. Ils affublèrent la fille du prénom de la Jeanne, grand-mère soumise; au fils de celui du Raimond, grand-père assassiné... Elle, participa plus tard aux événements de 1968; lui, devint militaire en quête de ...Campagnes !!
Bref, tout est là... Antoine, remarquant que sa mère se fatiguait avec l'âge, comprit qu'il lui faudrait trouver femme... Non pas par amour car celui de sa mère en annihilait sa propre conception ou possibilité, mais pour remplacer sa mère et ses soeurs. Que faisait le taureau avec les vaches d'ailleurs : "l'amour...??" On ne refuse pas la nature, il paraît même qu'on ne la respecterait qu'en lui obéissant, alors...?!! C'est sûrement la parole d'un paysan du coin...?!
Les hommes gâtés par leurs mères comme le sont les fruits, dans leur grande majorité, attendent inconsciemment de leurs épouses une continuité maternelle. Difficile de comprendre qu'une épouse n'est pas Sa mère pour un garçon qui ne deviendra que très difficilement homme, disons adulte...!!
L'amour que lui prodiguait sa mère n'en était pas un en réalité, totalement excessif, étouffant toute construction de soi. Par extension, on peut même penser que trop d'amour prépare, bien souvent, les futurs divorces des fils.
Tout passer à un enfant revient à le rendre esclave des autres, pire, de lui-même, se croyant privilégié de tout, donc de rien. C'est lui préparer, inconsciemment, une probable solitude parfois fatale... S'il se sort de cela, une terrible et irrattrapable perte de temps...!! Le passé est un vent puissant qui emporte les graines de l'incertitude sans savoir où et quand elles germeront...?!! Et c'est bien ainsi...
On aime ses enfants, on les assiste autant que le devoir de parents s'impose mais, cela n'occulte pas, ne dédouane pas les mêmes enfants d'être autonomes, libres de s'assumer.
Se laver, se déchausser, balayer, faire la vaisselle, repasser son linge, travailler, étudier, bref..., se prendre en main avec pour postulat de savoir prendre sur soi.
La vie des femmes n'est vraiment pas simple. En moyenne, payées 20% de moins que les hommes après l'époque où elles devaient solliciter l'autorisation de travailler auprès de leurs maris. Les appeler "mademoiselle-s" est déjà une aberration. Elles ne peuvent uriner n'importe où. Sont obligées de se vêtir avec prudence face à une libido masculine sans relâche alors qu'elles ont autant la leur, les hommes étant heureusement si prévisibles. Enceintes, elles ne peuvent pas fumer, doivent se méfier de certains champignons, ne pas boire de l'alcool et toujours cette envie de pisser à chaque trou en voiture. Donner la vie est exceptionnel mais pourquoi dans la douleur ou pire, la mort...?!! Menstruations et ménopauses trop souvent causes de maladies hormonales parfois sérieuses... Le poids de la société, essentiellement taillée pour les hommes et d'innombrables frustrations, humiliations, ceci depuis des temps immémoriaux qui ont fait d'elles, de véritables forces mentales de la nature, insensibilisées aux relatifs tracas qui énervent capricieusement certains hommes. Ceux-là même qui "consulteraient" les psy. deux fois plus que les femmes...?!! Marthe et Françoise ne craignaient plus rien... Marie confirmait...!! La fille de Marie finalisait...!!
Les animaux l'ont bien compris, lorsque les petits commencent à faire mal aux mamelles, les mères leur font comprendre à leur façon et vertement d'aller voir ailleurs... Que leur liberté, leur responsabilité, leur courage, leur autonomie ne tiennent pas Que des parents mais essentiellement d'eux-mêmes jusqu'à leur dernier souffle. Il leur faut absolument se mesurer au monde !! Notre cerveau est décidément trop gros...!!
Paraît-il que nous serions des animaux...?
Moi, je veux être un oiseau... Mâle ou femelle...?
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