De Tantale à Créon ...
Enfant ou pré-adolescent, j'étais amoureux d'une fille qui s'appelait Annie. Rien de fabuleux... Qu'elle était belle de son air eurasien !! Des yeux merveilleux, des cheveux noirs, une peau toute blanche, une allure incomparable, bien-sûr... !!
Je tentais une approche sans laisser de traces au sol... Elle m'avait vu venir de loin, tel un seul être dans le désert ... de mes illusions !! Elle m'en faisait baver l'enfoirée, miroir de mes impuissances !!
Je disais tout ce qu'elle voulait entendre, je mangeais les mêmes choses qu'elle à la cantine, j'allais où elle se promenait, j'acceptais tout au possible... Que n'aurais-je fais, dit, avaler, supporter pour un seul de ses baisers, un seul effleurement labial...?!! Un peu plus que l'idée tout de même... !!
L'ayant bien compris, instinct féminin à l’œuvre, puissance féminine antédiluvienne, elle me faisait tirer une langue au point d'en oublier l'organe “érotico-lingual”... !! Plus je m'approchais d'elle, plus elle fuyait... Quel supplice !!
Puis, comme toute entreprise vouée au vide, je m'épuisais et m'en rendais compte.
Entre temps, je faisais connaissance du “cousin de Sisyphe”, Tantale, ce pauvre bougre qui voulait étancher sa soif alors que l'eau, à chaque fois qu'il se penchait pour la boire, s'infiltrait dans la terre...
Lumière !! J'avais failli être le Tantale des temps modernes mais après combien d'autres et futurs... ?!!
Mon breuvage définitivement perdu dans le sol, je décidais de me relever et de lui en faire baver, à la drôlesse d'éternité ... !! Je décidais de me faire plus rare, plus indifférent, plus lointain et, au delà de quelques jours, elle me recontactait afin de savoir pourquoi je m'étais éloigné... Il était évident qu'elle y avait pris goût voire l'habitude... Toutes ces courbettes, flatteries, tous ces bonbons fantasmatiques lui manquaient au point de me caresser dans le sens du poil.... des bras !!
Je faisais en sorte qu'elle s'accrochât afin de la rendre obstinée... Punitions et récompenses manipulatoires rythmaient la relation et j'en ressentais fatalement de la jouissance. Gagnant en relatif pouvoir et cédant à une vanité pubère, je me la jouais, me prenais pour un matadors... Faible et impuissant en réalité, j'abusais de ma position que je croyais assurée et définitive... Mais bon...
Dans une relation à deux, qui peut affirmer avec grande certitude que les choses sont éternelles... ? Question naïve...? Vraiment...?
Je m'énervais car j'en voulais plus, j'abusais de ma position qui me "paraissait" légitime.... Entre temps, je découvrais Antigone et Créon... Brave Antigone, perdu créon.... J'étais près de céder à la tentation de Créon.... !! De cette petite histoire une importante et néanmoins relative extension peut s'entendre, allégories sous-jacentes au delà d'élucubrations pré-hormonales...
Du supplice de Tantale à la tentation de Créon, il y a si peu... !! De la démocratie à la dictature, il n'y en a point plus... !! Il n'y a pas pire que la vengeance des pauvres car elle est imprévisible, incontrôlable, légitime, compréhensible ...
On obtient toujours le pouvoir d'une faiblesse... De la faiblesse de croire au pouvoir... Et s'angoisser à se trouver trop seul avec "son" pouvoir...?!!
Par le chantage, on crée des Tantales ; par des abus de pouvoirs, on se fait Créons...!!! À être moins exigeants, nous n'en serions que plus tolérants et la tolérance, n'est-elle pas, déjà, l'entraînement de l'esprit... !!
Ensuite, il y a le seuil de tolérance, mais là .... L'entraînement de l'esprit peut s'emballer... ?!!! L'entropie n'est pas une tentation, encore moins un supplice mais une réalité finale...
Ne nous hâtons pas de conclure... ?!!
c'est une autre histoire....
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire