"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

mardi 12 février 2013

Tu sais ce que je pense de tout ça ?



Ah l’amour !! Tremplin des âmes aux incessants conflits sans réponse… !! En tous les cas, celles que l’on voudrait entendre… Car on sait qui on aime, comment : varie, quand se dévoile,  : surprend parfois, mais le pourquoi, là, l’insondable se fait vide sidéral ?!! Et on en redemande pourtant…. Ne flirterions-nous pas qu’avec les mot et les idées qu’ils portent… ?
Desiderare (désirer) en latin voudrait dire : « regretter l’étoile disparue »…
Schiller nous fixe agréablement en citant : « Celui-là seul connait l’amour qui aime sans espoir »

Ce matin-là, j’entendais par hasard, deux jeunes filles s’entretenir sur un chagrin d’amour - volatile -  notamment l’une d’entre elles. Des larmes jaillissaient des ses yeux rappelant presque ces clowns aux jets arqués de fontaines exagérés. « Et il ne veut plus de moi, qu’est-ce qu’il a, et ceci, et cela…. » ( peut-être était-il trop con pour elle… ?!) Bref… Invariablement ces mêmes questions sans réponse depuis « Adam et Ève »…. Pourquoi un pommier juste à cet endroit-là… ? « Satané » pommier… !!! Même Newton en découvrait une attraction,  terrestre celle-là, « super pommier » !! Nous tombons tous, un jour, dans les pommes….

Pris d’un doux flash-back, je me laissais aller à ses flux et reflux de mémoire d’une enfance  chaude et joyeuse, pauvre sans dette et, évidemment naïve…

Au collège, nous étions une bande de chenapans provocateurs au pléonasme structurant… De ces petits merdeux qui, croyant tout savoir, réagissaient sur tout, donc sur rien. Ne faut-il d’ailleurs pas "obéir" à cette société avant de s’en servir ?
Á cet âge-là, l’insondable fond pubertique mène la bal, et les bals de ces époques-là entendent la musique qu’ils peuvent… La moquerie était de fait, un réflexe pervers d’impuissance, voire, selon la moquerie, d’indifférenciation sexuelle latente ... en approfondissant.
Peu d’entre-nous étudiaient correctement. Notre « curiosité intellectuelle » ne dépassait pas la ceinture pelvienne féminine. Quelques cigarettes pour se donner l’air d’un grand, tout contredire pour contredire, et pourtant, jamais d’accord sur ce qui pouvait être original, j’entends "l’original" de cet âge-là : faire comme les copains, erreur ou contre-sens nécessaire.
La mode rythmait nos croyances et, gare à celui qui n’était pas habillé comme tout le monde.
La basse-cour a ses règles : picorer la tête du plus faible jusqu’à la curée de tout ce qui pouvait constituer son être… !! Consubstantiels à la connerie, nous confirmions chaque jour…
Les unions se faisaient au gré des rencontres, le hasard dominait, construisait nos avenirs. Un jeune garçon d’origine asiatique restait toujours seul. Silencieux, il se débrouillait pour lire ou faire ses devoirs.  L’air agréable mais trop différent, ce qui est rédhibitoire au (x) commun (s), attirait mon attention.
En cachette des semblables, bien-sûr, je m’approchais de lui et essayais d’engager la discussion… 

Moi :
Salut, tu t’appelles comment ?

Lui :
Bao !

Moi :
Quoi ?

Lui :
Bao ! C’est vietnamien…

Moi :
C’est pas chinois ?!!

Lui :
Eh bien non !

Moi :
Pourquoi tu viens pas avec nous ?

Lui :
Je ne sais pas ?!! Je ne connais personne… (Personne ne m’intéresse…)

Moi :
Bè viens, tu verras avec moi ?!!

Lui :
Peut-être une autre fois, c’est gentil mais j’ai plein de devoirs à terminer.

Moi :
On s’en fout des devoirs, c’est mieux de rigoler avec les copains… Et les copines !! ça sert à quoi tous ces trucs, juste à nous embrouiller la tête !

Lui :
Moi j’aime bien… La relativité restreinte et générale, c’est quand même fabuleux non… ?!!

Moi :
Hein ?!! La quoi… ?!!  La relat.. ché pas quoi, quand on drague ou on joue au foot, le reste…

Lui :
Eh non, détrompe-toi, la relativité est partout, c’est fascinant… Et surtout quand on drague, d'ailleurs...!!

Et nous nous engagions dans une conversation qui allait, à coup sûr, m’élever jusque chutte venant.... Peut-être  y avait-il une relation avec mon prénom : Ange… ?!! Sans le lui faire comprendre de peur qu’il ne détectât mes incomplétudes, pauvre de moi face à lui qui m’avait cerné même avant de me connaitre… !!
Puis, chemin faisant, on se découvrait, finalement, bien des similitudes d’enfants, d’adolescents. Il avait été adopté par un couple de profs de je ne sais plus quel lycée...
Toute sa famille avait été massacrée, tant au napalm qu’aux mines anti-personnelles, à l’agent orange à petit feu, tués autant par ses compatriotes que les envahisseurs bref…Il était horriblement seul et arraché, se raccrochant à des parents venus de l’impossible, lui restaurant le peu de vie qui s'était retranchée en lui, qui l’animait. Rien ne semblait l’impressionner.
Revenu d’un enfer furieusement humain, rescapé d’une immonde furie, et réalisant cette chance venue de nulle part de pouvoir étudier,  il s’épuisait au travail… Il était à la fois passionné, doué, courageux et, surtout, silencieux…Mettait chaque seconde de son temps au service du savoir, peut-être afin de se sentir bien vivant afin de pouvoir… !!
Pourtant, j’inventais que j’avais failli mourir, rien n’y faisait. La mort lui était familière. Je réalisais avec fracas ma petitesse, ma belle vie… !! Quel service rendu bien plus tard… !! Que je ne réalisais pas sur le moment, bien évidemment… !!
Plusieurs mois passèrent et, il me fit cette remarque qui me figea en l’instant… :

Moi :
T’as une copine ?

Lui :
Non…

Moi :
Tu t’en fous ?

Lui :
Non, je ne sais pas ?!!

Moi :
T’aimerais en avoir une ?

Lui :
Ouai mais pas pour l’instant…

Moi :
T’es P D ?

Lui : ( un léger sourire moqueur…)
Pfff !! Maiiis non !!

Moi :
Bè alors ?!!

Lui :
J’ai autre chose à penser… Mais ça viendra en son temps, j’imagine…

Moi :
Quoi ?

Lui :
Les filles nigaud… J’avais bien compris figure-toi…!!

Grand silence entre nous. Puis après une attente insoutenable….

Moi :
C’est quoi « autre chose à penser » ?

Lui :
Je veux être médecin à la croix rouge internationale…

Moi :
Waou !! C’est vrai ? Tu me charries, aller… ?!!

Lui :
Du tout… Après ce que j’ai vécu, je ne peux pas rester ignorant de tous ces malheurs… J’ai trouvé ma vocation… !! Je suis en dette !

Moi :
Oh putain !! C’est pour ça qu’ils t’ont fait sauté deux niveaux de plus que nous… ? Tu travailles trop bien… !! Des fois, j’aimerais, moi aussi, faire comme toi… Mais t’es pas en dette car c’est pas ta faute…

Lui :
Si tu trouves ta voie, si tu le veux, tout suivra…

Dominé par un tel échange, j’essayais de lui confier ma solitude d’enfant unique, que j’aurais bien aimé avoir un frère ou une sœur avec qui partager bien des choses….Que j’étais triste de ne plus sortir avec Sylvie que j’admirais tant… Il me regardait avec étonnement mais aussi d’une relative ironie…
Et voilà… :

Lui :
Tu sais ce que je pense de tout ça ? Tu es probablement triste de cette situation mais, vois-tu, j’aurais bien aimé, dans les périodes les plus noires de mon enfances, avoir des problèmes de cœur… !! Si ça n’avait été que ça…. Toi, tu as soif, tu ouvres un robinet ; tu as faim, tu ouvres le frigo ; tu veux aller au cinéma, tu y vas en voiture ; aux toilettes, tu tires la chasse ; tu es malade, tu es tout de suite pris en charge ; tu as une chambre à toi tout seul…. Je ne sais plus mais tout ça, tu ne le vois pas… Pour moi, c’est magique, inespéré, presque irréel… Vois-tu… ?  

Á 55 ans, ces phrases résonnent en moi comme une sentence éternelle !! Comme quoi, il est si vrai que bien des sentiments restent relatifs…Un simple robinet… Á chacune de  ses souffrances, les miennes paraissaient si futiles…. !!! Ce merveilleux gars autant gentil qu’intelligent, devint médecin et fit ce qu’il avait toujours voulu faire, peut-être rendre à la providence ce qu’elle lui avait offert… ?!! Il fit avec une fille sensible trois enfants. Comme quoi, l’herbe repousse même sur les ruines…

Revenant à moi, je me dis que les larmes de cette petite étaient bien insignifiantes. Mais l’aurait-elle compris, accepté… ? C’est la valeur des gens qui fait de l’amour ce qu’il est au présent, mais ça…..

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