C'est Melchior....
Dans les villages partout dans ce pauvre monde et en Corse en particulier, et là où trainent des humains, l'on y retrouve, à peu de choses près, les mêmes mœurs sauf exceptions, spécificités ethniques ou culturelles...
Faustin, mon père, se trouvait sur la place du village, forum des "changeurs" de mondes, là où les yeux voyaient bien des choses, où se disaient des vérités et des mensonges à l'envi...!
À une époque où le Maréchal Pétain avait refoulé toutes une partie de la pègre en dehors de la métropole, il se trouvaient bien des siciliens, sardes, corses et autres parties parasitaires des civilisations...!
L'identitaire est une spécificité, certes, mais avec ses parasites aussi...!! Parasites tout autant identitaires...!!
L'on y trouvait un dénommé Melchior, maquereau de son état, sévissant sur Paris, vers les années 1900, mon père étant né en 1926. Mon valeureux père rentrait des travaux des champs et de son jardin, San Marchellu...! L'âne chargé de légumes, de bois, de fruits et autres trouvailles sur le sentier de remontée vers la village d'Occhjatana en Balagne...!
Il aimait marcher avec son âne, il lui parlait et parfois chantait pour maitriser un tant soit peu le temps, de ces chants immémoriaux dont les trames augmentaient, intensifiait, magnifiait l'existentiel humain...! La bête comprenait, non pas les mots mais l'intention de son maître qui marchait à ses côtés pour ne pas en augmenter la charge...!
Passant devant l'assemblée assise des anciens mêlée de jeunes, notre intéressé Melchior interpella ma mon père, épuisé de sa journée...
"Faustin, va t'occuper de mon jardin et si tu refuses, je vais t'y envoyé à coups de pieds au cul...!!"
Trop de témoin sur la place pour tenter quoi que ce soit , il répliqué :" Oui, attends, je vais repasser avec l'âne pour me rendre à ton jardin...!"
Bien sûr que non...! Il alla attacher l'âne à l'anneau prévu, un anneau plusieurs fois centenaire puisque fabriqué à la forge et dont les plus anciens personnages du village disaient qu'il existait au minimum depuis 300 ans... Durée moyenne de vie d'un âne 50 ans...?!
Dans la maison étaient accrochés 17 fusils, du plus vieux rouillé des arrières arrières grands-parents aux plus récents de mon grand-père, père de mon père... Et donc celui-ci remarqué l'attitude de son fils, très certainement en colère et prêt à en découdre jusqu'à la poudre...!
Il posa sa main sur l'épaule de son fils et lui demanda calmement...
"Qu'est-ce qui se passe O Faustin, ton regard vide remplit toute la pièce....!"
Mon père répondit que Melchior avait ceci et cela, qu'il allait lui régler son compte...! Son père, chasseur devant l'éternel et braconnier émérite, lui répondit...
"De nous deux, celui qui doit aller en prison ou mourir, c'est moi, pas toi...! Quand tu seras chef de famille, tu comprendras...!"
Anghjulucciu, (je porte son prénom...), alla récupérer un fusil à canons sciés et le glissa sur le côté de sa gabardine... Prit l'âne et alla comme s'il voulait se rendre au village voisin... Personne n'y prêta attention jusqu'au moment où, passant à proximité de Melchior, sortit son fusil, braqua le Melchior sur la tête et lui demanda calmement...:" Dis O Melchior, à quelle heure il va commencer Faustin...?!
"Mais Anghjulucciu, c'était une plaisanterie pour le taquiner, sans plus...!"
"Et bien, on va continuer la taquinerie, c'est toi qui va y aller et pas plus tard que maintenant...!!"
Il y alla, toute honte bue mais vivant...!! Les années passèrent comme dans tous les villages d'Italie, de Sardaigne, de Corse et de Toscane...!!
Dans chaque village donc chaque commune, il y avait et a des confréries, sortes de mutuelles d'entraide et de solidarité, très concurrentes de l'église...! Pour aider les personnes âgées, les malades, handicapés, chômeurs maintenant parfois selon l'importance de la confrérie... Selon qu'il faille faire un muret, nettoyer un jardin, peindre , bricoler, etc. Et même pour les actes religieux, ou les corvées de cimetières...!
Un jour, mon père et un ami s'étaient rendus au cimetière pour une réduction d'un corps... C'est à dire réunir les ossements, les déposer dans une caisse et l'entre poser ailleurs...
L'ami de mon père pris un crâne entre ses mains et lui parla...:"Alors, tu ne frappes plus personne maintenant hein...?!"
Mon père lui demanda s'il ne devenait pas fou de parler à un crâne et de facto, l'ami répondit :"c'est Melchior...!" Destins éphémères et funestes...!
Une histoire bien macabre me direz-vous, eh oui, bien évidemment...! Pauvres humains, hères aléatoires, atomes dans l'univers, la vanité cancérise le tout...! Ne jamais se laisser faire reste une règle absolue, il faut s'y tenir...! Jusqu'à quand, jusqu'où, qui, comment, pourquoi...?!
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