"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

samedi 13 avril 2013

C'est pas possible ?!!


C'est pas possible ?!!


Ces souvenirs ineffaçables, ils sont terribles !! Certains nous ravissent éternellement et, bien évidemment, d’autres nous harcèlent. Et ceci jusqu’à l’impossible éternité…

Je viens d’un petit village Corse que, d’aucuns, se glorifient de le nommer « œil de la tanière »… Vaste débat vernaculaire et idiomatique pour peu que l’on y habite au nord à la vue panoramique sans pareille, au sud entouré de jardins, à l’est, méfiants par atavismes d’invasions sarrasines, à l’ouest cosmopolite, regardant cette montagne qui les privait des rayons de Phébus à partir de 16h30...

Nous y allions en famille dès que les occasions s’y prêtaient, c'est-à-dire, très souvent. Ces villages, d’où qu’ils viennent, sont de véritables paradis naturels. Non pas que la vie et les gens y fussent idylliques mais il y régnait un air, une musique, des mots chargés de sens bien méditerranéens, disons-le, parfumés.

Que ne regretterais-je cette époque où les transistors n’existaient pas vraiment, forçant les paysans et bergers errants à chanter seuls voire à leurs animaux. Les bergers sont des existentialistes qui s’ignorent. Nul besoin d’ondes radios, la voix se chargeant de les émettre. Les sérénades feront l’objet d’un autre débat….

 Ils n’étaient pourtant pas riches car chez presque tous, à part les « sgio » et quelques chanceux et rares héritiers, il fallait donc, au jour près, au gré des saisons et des maladies,  gagner leur croûte au fond d’une main cagneuse aux cals « hagiographiques » ! Peau stratifiée de douleur - s - sourde -s- ou tue-s-.

Depuis mes premiers sens d’observation conscients, j’ai toujours été, et cela dure, très impressionné par les mains souffreteuses des paysans. Elles portent l’histoire de leur vie qui ferait pâlir d’inutilité sociale bien des médiums, mangeurs de crédulités, colporteurs de rien-s- qui, écrits avec un « s » en augmente sidéralement le vide…

Mes cousins germains et moi-même, nous amusions sans retenue. On ne savait pas ce que voulait dire « liberté », nous la pratiquions à ses effets bruts, de même qu’un aveugle ne connaît pas la couleur noire, les hommes libres ne parlent jamais de liberté. Ceux qui en parlent trop n'ont besoin que de chefs, le plus souvent.

Les animaux vaquaient, entravés, un peu partout mais sans promiscuité. Nous nous retrouvions, tous, gens et bêtes aux fontaines. C’était chacun son tour, un âne, un cochon, un ami, le voisin, un passant, une inconnue, encore une mule, moi…. Bref il fallait voir cet ordre naturel, immuable, qui réglait le temps de chacun au bénéfice de tous, "espèces" confondues.

Ses choses-là ont une fin et lorsque nous devions tous repartir vers l’anonymat des villes, comment ne pas être tristes ou nostalgiques… ?!

L’un de ces jours m’est, à jamais, resté en mémoire. J’avais un oncle, qui, féru de mathématiques, posait toujours des questions qui nous terrorisaient, se moquant bien de nos tristesses... « Sachant qu’un robinet laisse s’écouler 10,115 litres par minute et qu’un enfant laisse couler l’eau dans sa baignoire bouchée pendant 15,34 minutes puis qu’il la débouche pendant 9 secondes ; avec un débit d’écoulement de 0,0538 mètres cubes toutes les 47 minutes…………. » C’était terrible, masochiste !!

Et alors, moi, le seul cancre de la famille, n’en parlons même pas…. C’était toujours et invariablement de grands moments de solitude !

Mais un jour, l’oncle dictateur nous posait une colle, un pétard sans nom, un poison violent…

En passant les interrogatoires respectifs, mes cousins, pétris dans les nombres comme j’avais failli l’être moi-même, se lançait…


L’oncle :

Á vos papiers, tous…. !

Nous nous exécutâmes sur la seconde… !


L’oncle :

1040 + 1040 =

Tous écrivaient dans l’instant, moi, cherchant une bouée…


L’oncle :

+ 10 =

Effet immédiat des autres, moi, partout sauf ailleurs… !!


L’oncle :

Encore + 10 =

Mes cousins m’impressionnaient sans qualificatif existant….


L’oncle :

Posez vos crayons !

Voilà ce qui suit : « Pierre : 3000 ; Paul : 3000 ; Henriette : 3000 ; Richard : 3000 ; Ludivine : 3000 ; c’est pas possible… !! Ange : 2100…. !!!!!


La proie clouait le prédateur !!

Et là, montait en moi une chaleur inconnue jusqu’alors, me laissant proche d’un malaise martien, celui « d’aux secours » intérieurs à deux doigts de m’étouffer… Bien seul, au milieu de quatre murs infranchissables !! Tous s’étaient trompés sauf moi, le cousin aux longues oreilles.

Ils furent vertement punis. Les parents d’enfants doués n’acceptent que difficilement l’échec de leurs bambins. Vanité ?? Orgueil ? Inquiétudes ?

Par contre, on m’offrait, pour avoir bien répondu, une pièce de 5 francs en argent que je m’empressais de dépenser en achetant des paquets de pétards pour…. 5 francs… !!! 3 minutes de fortune…

Je rejoignis les punis, pourtant capable de compter jusqu’à 5, les oreilles toujours aussi longues….

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