C’était un
couple sans histoire, sans heurts, sans complexité… Tout portait à croire en
l’existence d’une dualité sereine. Elle, semblant être passionnée par son
travail de gestion de stocks dans une entreprise; lui, D.R.H. dans une société,
entendez bien, de communication… De bons salaires, un bon réseau de
connaissances, un carnet d’adresses rempli. Un bel appartement à Paris, du
personnel de ménage. Bref, une vie sans problème (s) majeur (s)…
Nous nous
sommes retrouvés ces derniers temps autour d’une table, c’était bien !
Ravis, depuis tout ce temps passé, de se revoir en bonne santé et heureux
d’exister. Heureux de ne pas s’être oubliés, d'être encore là… Le repas se présentait comme bien des gens l’auraient espéré……Une merveilleuse entrée préparant nos papilles, un plat de résistance qui accrochait l’envie, un magnifique dessert « d’artifice » flambé dans un cognac vieux de vingt ans… Une eau de vie de myrtes venue de l’île de beauté…
Le rire nous unissait, l’humeur se faisait sentir au mieux d’elle-même, les regards se comprenaient, le courant passait comme avant, de ces avants aux souvenirs joyeux d’une jeunesse aux élans vigoureux, de ces souvenirs qui structurent des bonheurs futurs, en tous cas, pour ceux-là…Le bonheur a besoin d’innocence, de simplicité, de facilité, de fluidité, d’authenticité quoi…. !!
Tout à coup, tel un tsunami venu dont on ne sait d’où, de quel volcan en sommeil, elle, fanny, explosait en larmes, des vraies larmes, de ces larmes qui refroidissent les visages les plus chaleureux, de ces larmes qui enflamment les cœurs les plus endurcis, suivies d’un torrent de stupéfactions et d’incompréhensions… !!
Là, comme suite à une déflagration qui arase le sol et vide les lieux, qui dénude les esprits, qui étête les consciences, le silence devenait le maître absolu, un maitre régnant sans partage, le pouvoir n'aimant pas le partage. Et cela a duré bien une dizaine de minutes… Dieu que ces dix minutes-là étaient épuisantes en temps, solitude, doute… ?!! Les papilles ne fonctionnent plus en état de stress…Pauvres papilles !!
Cette si gentille et jolie femme, prise en une espèce de « flagrant déni de bonheur »… Comme nous allions nous en rendre compte par la suite, le dessert finissant de flamber tout seul jusqu’à épuisement. La tristesse d’un dessert oublié, abandonné…
J’essayais de reprendre le temps en marche en lui prenant les mains. Lui, Henri, n’était plus là, avec nous, mais aux prises d’une totale stupéfaction. En un moment, sa femme déversait tout… Tout débordait, emportait tout sur son passage !
Entre larmes et haut-le-cœur comme perce-murailles, elle nous débitait qu’un couple sans histoire, sans heurts et complexité, n'est qu'un artefact nourri de bien trop de « sans »… Que le boulot ne faisait que suppléer à l’absence d’enfant, que l’argent n’est pas tout, qu’un réseau de connaissances n’est pas forcément du lien, qu’un carnet d’adresses n’est que du commerce, que plus l’appartement est grand, plus vaste est le vide, qu’elle aurait préféré être la dame de ménage parfois même avec ses problèmes d’enfants et d’argent…
Qu’elle n’avait pas toujours envie de faire l’amour mais plutôt de rire, et, plus fort : « d’être seule » puis la bombe finale, que c’était le fait d’être en notre présence que tout vient de lui monter au cœur, aux yeux, à l’esprit… !! Tout ça, rien que ça… ?!!
Ma chérie la prenait dans son coin et moi, lui. Anéanti, le bonhomme !! Il ne comprenait pas cet écroulement « venu de nulle part » selon ses mots, ne réalisait pas tout le sous jacent de cette tristesse lentement accumulée dans l’ombre d’un bonheur apparent …
Surtout, il ne comprenait pas son égoïsme, son égocentrisme voire son égotisme !! Et pour cause, les ego surdimensionnés ne se voient pas, ne se savent pas tant que tout va dans le sens qu’ils attendent, souhaitent. Les moulins tournent tant qu’il y a de l’eau, du vent, ou du grain à moudre pour le meunier, le bébé une fois le biberon bu…
Un égoïste, qu’il le soit en conscience (rare) ou pas, est, certes, un être seul, donc incapable de construire de surcroit un couple, puisque ceci impose de raison et de logique, l’altruisme.
J’essayais de lui expliquer (eh oui… !!) qu’il était plus facile d’être égoïste qu’altruiste, de même que la dictature est plus simple que la démocratie. Et pour cause, il est plus simple d’éliminer, d’imposer aux autres par d’autres que de prendre sur soi en ayant conscience qu’on n'est pas seul, plus, que c’est l’existence des autres qui fait ce que nous sommes, du moins socialement, sentimentalement.
Que cet écroulement ne venait certainement pas de « nulle part » mais d’une personne sensible, de ces personnes avec et par lesquelles, le bonheur ne se suffit pas à quelques plaisirs de surface mais aussi de liberté, de tranquillité ou de libre arbitre. Quantité et qualité sont souvent antagonistes. Qu’exister dans le regard de l’autre reste magique, d'un inexplicable divin... Qu’une belle maison peut être une « belle » prison quand on n’y communique mal, de par des silences assourdissants !!
Qu’à défaut de faire l’amour souvent, qu’il fallait s’efforcer de faire l’humour le plus fréquemment possible. Que rire de ce qu’on ne peut faire le plus souvent peut être profondément structurant. Que ne pas avoir envie, cela peut autant concerner la faim, la soif, le rire, le sommeil, la culture, l’amour après tout…. Comme quand on n’a pas envie d’aller quelque part, bref, la liberté de l’autre conditionne, encore, la nôtre, ceci à divers degrés.
Que personne n’appartient à personne et que c’est un risque à prendre, un pari à lancer…Que faire un enfant est par l’expression même une preuve d’amour, en règle générale. Qu’aimer, c’est du courage car on en fait le pari à la marge. Que ne pas avoir peur de l’effort et de la solitude reste les fondements d’une vie forte et tranquille. Prendre une femme dans ses bras nous met à la portée de l’univers sensible, cet être presque fragile qui se livre à nous sans hésitation doit se sentir aimé mais pas que par amour, plus encore, par des preuves d’amour.
Sur tout cela, il me demandait quoi faire. Je lui répondais qu’il fallait, vu la réalité des événements, lui donner l’importance qu’elle « mérite », la laisser respirer, savoir ce qui lui plairait, savoir offrir et s’en aller… Lui faire, vraiment, le don de sa personne sans ne rien attendre d’automatique. Donner et partir, comme disait ma grand-mère…
Décidément mémé, tu ne m’as jamais quitté, toi qui a su nous donner, nous offrir et partir pour toujours… ?!! Toujours et jamais doivent se rejoindre en amour...?
Á ce jour, ils sont encore ensemble, ont vendu leur grand appartement parisien, deux petites vies sont arrivées et partis pour un voyage autour du monde peut-être en quatre-vingts et un jours, qui sait...? Ils sont toujours et plus que jamais nos amis…après tout, ils s'aimaient et ne le savaient pas !!! Am-itié, am-our commencent par les mêmes lettres, non… ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire