"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

lundi 27 janvier 2014

La coquille et l’œuf....

          
          Je me retrouvai, en début d'année passée, devant cette satanée télévision qui présentait un documentaire sur les S.D.F., (Ceci dit, après avoir visionner un film terrible sur ARTE nommé « rapace » sur le thème du monde épouvantable de la finance et des traders...!!) qu’il serait plus approprié, en tous les cas, plus franc, de nommer clochards. Pourquoi ? S.D.F. est un sigle qui appauvrit la langue française et ceci à dessein... En effet, clochard fait partie d’un groupe de "bizaretés" lexicales, S.D.F. : non !! Moins de mots, moins de signifiants, moins de sens, moins de vie consciente, mais, par contre, bien plus de mots, de vocabulaire, plus de savoir/pouvoir, bref...
Me revenait d'un coup à ma mémoire pourtant fragile, l'image d'un homme pas immédiatement extraordinaire! Sur cette place nommée d'armes se réunissaient des malheureux, des clochards de toute provenance, de tout milieu, par bien des raisons différentes, hasards fantoches ou terribles...D'autres fois, abominables !
L'un d'entre eux s'appelait Jean, chétif , mal coiffé, mal rasé, probablement pas très propre, les mêmes habits, le regard souvent fixe. Il ne parlait que très peu et son attitude, ses manières de se comporter faisaient de lui un original. Il obligeait l'attention. Avec mes collègues, nous nous retrouvions parfois sur cette place afin d'y développer des dragues d'utopies, de jeux... Bref, de ces occupations d'enfants pubertaires et gâtés à divers degrés...
Cet homme, cette personne m'intriguait, pour le moins que je n'en pouvais le dire...?!! Nous croisons dans nos vies, bien des acabits, des drôles, des méchants, gentils, intelligents, bêtes, très cons, fabuleux, originaux, banals... La liste ne s'arrête pas quant à « l'humain », c'est impossible. Je laisse aux lecteurs qui bien trop m'honorent de me consacrer, un peu de leur temps à me lire, de me caser dans l'un des états sus-nommés, j'en accepterais quoi qu'en soit l'augure...
J'ai fréquenté, aussi et bien plus jeune, une famille de milliardaires, oui, oui ! Les impondérables de la vie m'y avaient déposé, dans ce milieu caché des peuples, des communs comme ils s'attachaient à les signifier, un couple dont l'affairiste était madame, peu nous importe les noms mais bien mieux la situation. J'avais rencontré l'un des deux fils en boîte de nuit à Mandelieu ou Juan les Pins (?) au Shainsha (l'ortographie?), c'était une période faste en filles, en rencontres en tous genres, en situations... Gilles et moi courtisions la même fille qui se marrait bien de nous avec raison car, deux pour une asséchait de fait nos espoirs de maladroits... Il était sympathique Gilles, bagarreur, buveur, pas trop con pour le reste, on se valait, on se comprenait, je finis la nuit chez lui, arrivé comment chez lui, impondérabilité d'alcoolique... 
Ces quelques mois de fréquentation m'ont beaucoup apporté. Nous déjeunions sous la piscine où s 'ébattaient au dessus bien des parasites avides d'argents, de frime, d'utopies... Gilles payait tout, le contraire eût été évidemment impossible, alors, j'ai connu des virées sans précédent, des bringues apocalyptiques, des joies authentiques et des fatigues « harmonieuses »... Mais aucun lien...!!
Je me suis retrouvé sur des yachts remplis d'inconnus aux vêtements impossibles, aux bijoux handicapants, aux champagnes inconnus des magasins populaires, des parties fines aux pokers à trente brique le pot de départ, des émeraudes, saphirs, diamants multicolores, j'ai marché sur des perles perdues et jamais récupérées... Ces gens partaient dans les hôtels les plus merveilleux du monde en y laissant vêtements achetés sur place, en jets privés au dessus d'autres couloirs aériens, des tables garnies de poètes, écrivains, généraux, politiciens, scientifiques, avocats et notaires de renom, d'hommes d'affaires, déjeunant sur des plateaux de tables en onyx d'un seul tenant, aux robinets en or massifs que j'avais envie de faucher afin d'arrondir mes fins de mois mais Gilles veillait au grain...Ça ne se faisait pas,,, !! Quel gâchis,,,, ?!!
Un soir, à table, le père lança : « On va à Rio demain ?! »
Moi, ravi d'entendre ça, les rêves carnavalesques m'envahissaient... ?!! Mal m'en pris, le « on », c'était « eux ».... Adieu veaux, vaches, cochons et Rio...Les masques brésiliens tombaient dru !!
Être autant riche et m'oublier,,, ?! Gilles, lui, était déjà au carnaval de Rio, plein de paillettes et de champagne...Moi, au pont du Las à Toulon....
Je m'en allais en promettant de revenir les voir, je ne revins jamais...
Ce clochard de ma jeunesse m’avait émerveillé, Il m'avait, en quelques mots, quelques intonations passionnées, fait aimer de la poésie, la philosophie, la physique... Il riait à gorge déployée en m'offrant des cigarettes qui lui coûtaient pourtant cher, sa main sur mon épaule me faisait du bien, il était gratuitement gentil... Un être de lumière !!
Ce jour où je revins le voir, il n'était plus là. D'une angoisse profonde, je fouillais la place en chacun de ses lieux, nulle présence !! Je finissais par demander de ses nouvelles à s-ces collègues d'infortune et, l'un d'eux me répondit d'un sourire sardonique : «  L'Jeannot ?!! Risque pas qu'il revienne, il est mort par terre il y a deux jours... Un livre à la main, ce con, le livre est encore là, lui, pouf pouf...!! Ah ! Ah ! Ah ! Comme si les livres te donnaient à bouffer ou t'empêchaient de clapser...?!! Je ramassai le livre : Illusions Perdues de Balzac...Il but un coup, se retourna sous ses cartons qui lui faisaient office de maison afin de tourner le dos à l’indifférence urbaine....Je m'ôtais de son soleil moi qui me retrouvait dans l'ombre du Jeannot... J'en étais effondré, j'étais abandonné de celui qui ne mentait pas, alors trahis d'un sort qui ne l'avait pas épargné...
A ce jour, il me manque encore, cet ingénieur diogénique abandonné par l'amour, ses enfants, le bonheur, le travail et la santé... Il avait participé à l'amélioration des rotors de moteurs d'hélicoptères qui amenaient les riches brésiliens.... à Rio,,, Funeste hasard,,, ?!!
J'ai plus reçu de lui que de tous ces milliardaires imbus de leur pognon sans pour autant tomber dans un amalgame facile... Éminents vendeurs de vide, de très bons vendeurs en l'occurrence...J'en ai réalisé que ce qui a de la valeur n'a pas de prix !! L'un était sale sur lui et propre en lui ; les autres étaient propres sur eux et sales en eux. Mais, tous, bien seuls...J'en étais de même !
La beauté, ce n'est pas ce qui brille car, ce qui brille éblouit. Ce n'est pas l'écume qui fait la mer, la mer, c'est quelque chose d'autre... !! Ce n'est pas le sexe qui fait l'amour, l'amour, c'est quelque chose d'autre, etc...... Je n'ai rien inventé ? Certainement...
Merci Jean... Si tu savais...Tu étais beau, tu forçais ce respect d'attachement,,, !!
Gilles, qu'es-tu devenu … ? Brésilien... ? Ma sincérité valait si peu... ?

« Pour moi, la beauté est la merveille des merveilles. Il faut être bien superficiel pour refuser de juger d'après les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, pas l'invisible. »

Oscar Wilde.



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