Je me retrouvai, en début d'année
passée, devant cette satanée télévision qui présentait un
documentaire sur les S.D.F., (Ceci dit, après avoir visionner un
film terrible sur ARTE nommé « rapace » sur le thème du
monde épouvantable de la finance et des traders...!!) qu’il serait
plus approprié, en tous les cas, plus franc, de nommer clochards.
Pourquoi ? S.D.F. est un sigle qui appauvrit la langue
française et ceci à dessein... En effet, clochard fait partie d’un
groupe de "bizaretés" lexicales, S.D.F. : non !! Moins de
mots, moins de signifiants, moins de sens, moins de vie consciente,
mais, par contre, bien plus de mots, de vocabulaire, plus de savoir/pouvoir,
bref...
Me revenait d'un coup à ma mémoire
pourtant fragile, l'image d'un homme pas immédiatement
extraordinaire! Sur cette place nommée d'armes se réunissaient des
malheureux, des clochards de toute provenance, de tout milieu, par bien des raisons différentes, hasards fantoches ou
terribles...D'autres fois, abominables !
L'un d'entre eux s'appelait Jean,
chétif , mal coiffé, mal rasé, probablement pas très propre,
les mêmes habits, le regard souvent fixe. Il ne parlait que très
peu et son attitude, ses manières de se comporter faisaient de lui
un original. Il obligeait l'attention. Avec mes collègues, nous nous
retrouvions parfois sur cette place afin d'y développer des dragues d'utopies, de jeux... Bref, de ces occupations d'enfants
pubertaires et gâtés à divers degrés...
Cet homme, cette personne m'intriguait,
pour le moins que je n'en pouvais le dire...?!! Nous croisons dans
nos vies, bien des acabits, des drôles, des méchants, gentils,
intelligents, bêtes, très cons, fabuleux, originaux, banals... La
liste ne s'arrête pas quant à « l'humain », c'est
impossible. Je laisse aux lecteurs qui bien trop m'honorent de me
consacrer, un peu de leur temps à me lire, de me caser dans l'un des
états sus-nommés, j'en accepterais quoi qu'en soit l'augure...
J'ai fréquenté, aussi et bien plus
jeune, une famille de milliardaires, oui, oui ! Les
impondérables de la vie m'y avaient déposé, dans ce milieu caché
des peuples, des communs comme ils s'attachaient à les signifier, un
couple dont l'affairiste était madame, peu nous importe les noms
mais bien mieux la situation. J'avais rencontré l'un des deux fils
en boîte de nuit à Mandelieu ou Juan les Pins (?) au Shainsha
(l'ortographie?), c'était une période faste en filles, en
rencontres en tous genres, en situations... Gilles et moi courtisions
la même fille qui se marrait bien de nous avec raison car, deux pour
une asséchait de fait nos espoirs de maladroits... Il était
sympathique Gilles, bagarreur, buveur, pas trop con pour le reste, on
se valait, on se comprenait, je finis la nuit chez lui, arrivé
comment chez lui, impondérabilité d'alcoolique...
Ces quelques mois de fréquentation
m'ont beaucoup apporté. Nous déjeunions sous la piscine où
s 'ébattaient au dessus bien des parasites avides d'argents, de
frime, d'utopies... Gilles payait tout, le contraire eût été
évidemment impossible, alors, j'ai connu des virées sans précédent,
des bringues apocalyptiques, des joies authentiques et des fatigues
« harmonieuses »... Mais aucun lien...!!
Je me suis retrouvé sur des yachts
remplis d'inconnus aux vêtements impossibles, aux bijoux
handicapants, aux champagnes inconnus des magasins populaires, des
parties fines aux pokers à trente brique le pot de départ, des
émeraudes, saphirs, diamants multicolores, j'ai marché sur des
perles perdues et jamais récupérées... Ces gens partaient dans les
hôtels les plus merveilleux du monde en y laissant vêtements
achetés sur place, en jets privés au dessus d'autres couloirs
aériens, des tables garnies de poètes, écrivains, généraux,
politiciens, scientifiques, avocats et notaires de renom, d'hommes
d'affaires, déjeunant sur des plateaux de tables en onyx d'un seul
tenant, aux robinets en or massifs que j'avais envie de faucher afin
d'arrondir mes fins de mois mais Gilles veillait au grain...Ça
ne se faisait pas,,, !! Quel gâchis,,,, ?!!
Un soir, à table, le père
lança : « On va à Rio demain ?! »
Moi, ravi d'entendre ça, les rêves carnavalesques m'envahissaient... ?!! Mal m'en pris, le « on »,
c'était « eux ».... Adieu veaux, vaches, cochons et
Rio...Les masques brésiliens tombaient dru !!
Être autant riche et m'oublier,,, ?!
Gilles, lui, était déjà au carnaval de Rio, plein de paillettes et
de champagne...Moi, au pont du Las à Toulon....
Je m'en allais en promettant de revenir
les voir, je ne revins jamais...
Ce clochard de ma jeunesse m’avait
émerveillé, Il m'avait, en quelques mots, quelques intonations
passionnées, fait aimer de la poésie, la philosophie, la physique...
Il riait à gorge déployée en m'offrant des cigarettes qui lui
coûtaient pourtant cher, sa main sur mon épaule me faisait du bien,
il était gratuitement gentil... Un être de lumière !!
Ce jour où je revins le voir, il
n'était plus là. D'une angoisse profonde, je fouillais la place en
chacun de ses lieux, nulle présence !! Je finissais par
demander de ses nouvelles à s-ces collègues d'infortune et, l'un
d'eux me répondit d'un sourire sardonique : «
L'Jeannot ?!! Risque pas qu'il revienne, il est mort par terre il y a
deux jours... Un livre à la main, ce con, le livre est encore là, lui, pouf pouf...!! Ah ! Ah !
Ah ! Comme si les livres te donnaient à bouffer ou
t'empêchaient de clapser...?!! Je ramassai le livre : Illusions Perdues de Balzac...Il but un coup, se retourna sous ses
cartons qui lui faisaient office de maison afin de tourner le dos à
l’indifférence urbaine....Je m'ôtais de son soleil moi qui me retrouvait dans l'ombre du Jeannot... J'en étais effondré, j'étais
abandonné de celui qui ne mentait pas, alors trahis d'un sort qui ne
l'avait pas épargné...
A ce jour, il me manque encore, cet
ingénieur diogénique abandonné par l'amour, ses enfants, le bonheur, le travail et la
santé... Il avait participé à l'amélioration des rotors de
moteurs d'hélicoptères qui amenaient les riches brésiliens.... à Rio,,, Funeste
hasard,,, ?!!
J'ai plus reçu de lui que de tous ces
milliardaires imbus de leur pognon sans pour autant tomber dans un
amalgame facile... Éminents vendeurs de vide, de très bons vendeurs en l'occurrence...J'en ai réalisé que ce qui a de la valeur n'a
pas de prix !! L'un était sale sur lui et propre en lui ;
les autres étaient propres sur eux et sales en eux. Mais, tous, bien
seuls...J'en étais de même !
La beauté, ce n'est pas ce qui brille
car, ce qui brille éblouit. Ce n'est pas l'écume qui fait la mer,
la mer, c'est quelque chose d'autre... !! Ce n'est pas le sexe
qui fait l'amour, l'amour, c'est quelque chose d'autre, etc...... Je
n'ai rien inventé ? Certainement...
Merci Jean... Si tu savais...Tu étais
beau, tu forçais ce respect d'attachement,,, !!
Gilles, qu'es-tu devenu … ?
Brésilien... ? Ma sincérité valait si peu... ?
Oscar Wilde.

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