"Petre e parole lampate so listesse ! Pierres et paroles lancées sont pareilles...!" Proverbe des bergers d'Occhiatana, balagne corse.

mardi 1 juillet 2014

De bois d'âme....

De bois d'âme....

Nous osons lever le regard sans subir quelques petitesses vers ces cimes protectrices et qui, jadis, ont vu Jésus souffrir sa passion, Alexandre le Grand se creuser moult chemins vaillants au milieu de troncs et feuillages silencieux de quelques millénaires en témoignages, dans un espoir caché afin d'éviter l’assassin tranchant d'une hache sans conscience ! Aux sons d’une ingratitude bien humaine… De cette ignorance, de ces incomplétudes qui font rêver à tous pouvoirs chimériques…. !!

Que n'avons-nous pas vécu sous ces branches-là qui par grands froids, sommeillant avec un « s »  …?! Sommeillaient de printemps à venir jetant leurs vertes vies sur les contrées de nos cœurs, afin d’offrir leurs fruits charnus gratuitement, sans broncher, là, planté ici depuis quelques deux mille ans peut-être, aux invariables dons, aux puissants pardons...
Gratuits ces fruits ? Non !! Il faut quatre saisons afin de produire un fruit, faut-il les vouloir pour attendre si vaillamment, si patiemment mais bon sang, quel édificateur silence ! La dignité se doit d’être silence et solitude.
Combien faut-il de saisons afin de voir grandir ce verger tant désiré, tant espéré, la peur au ventre, la sueur au corps, l’incertitude du lendemain … ?
La simplicité, le courage, la grandeur  n’aiment pas le bruit ...! Les mots sont chargés de sens mais le sens ignore le sens sinon d’en être pas.
Ces arbres, sous lesquels nous avons vécu, aimé, senti, dormi, rêvé, mangé, tremblé, fait et donné ou reçu l’amour, florilèges dressés sur nos têtes si fragiles de tant de vanité(s), de perte(s) de ce temps si précieux à l’autre…!
Ces Dieux de terre nous chauffent l'hiver, nous parfument de printemps sublimés, rafraîchissent nos corps, - ceux-là mêmes drogués de modes futiles, de fantasmes sans issue, de temps gâché -  et s’en retournent dormir, toujours et inlassablement silencieux....
Nous avons tous un arbre fétiche, un totem d’espoir et d’amour, celui que l'on croise et qui nous parle, nous arrête et nous laisse bouche bée, à bayer aux tourterelles, nous enseignant que devant la beauté, se taire devient le plus beau des langages et nous fait fermer les fenêtres, paraît-il celles de l'âme, afin d'y entrevoir l'infini mystère de ce qui aurait pu ne pas être...
Cet arbre-là, cette énergie qui m'a tant offert, donné sans retour attendu, cet arbre-là, c'était mon papa...!! Mon si sensible papa qui s’est éteint un après-midi du 3 juin 2014 vers 16h30, assis dans un fauteuil au hasard du destin, s’éteignant, seul, loin des siens, tel une bougie en regardant des tourterelles… Enfin… Comme il a vécu… !
Je ne regarderai plus jamais de la même façon les tourterelles….
Ces mêmes tourterelles que j’ai souvent et bizarrement trouvées sur ma route en de tristes moments dans ma vie et qui semblaient me confier qu’elles savaient encore ce que nous avons oublié, messagères quantiques et maîtresses de discrétion, d’humilité…?!!
La magie de ce mot : Papa…. Est un acte maître, plus puissant que les murs de Chambord, Versailles, du couvent de Belgodère ou de Tuani…?!
Le père noël de ses petites filles, de mes filles chéries,  leur a tiré sa révérence comme il a vécu : ne jamais déranger dès lors qu’il pût offrir…
Poser ses jouets, ses cadeaux et se retirer à pas de félins, sans traces, sans attendre le déshonneur matérialiste d’un retour…Sous empreintes d’une sincérité virginale, diaphane…Dans un sac blanc, couleur des anges, des nuages…
Cet arbre-là pousse encore en moi, sans cesse ni relâche, toujours autant silencieux et m'a appris qu'aimer n'est qu'une affaire de preuves et qu'un don n'est pas si gratuit qu'on le croit... ,car ce qui a vraiment de la valeur n’a pas de prix… ?! Si peu de personne, l’âme corrompue par l’avoir, après toi se sentiront bien seules ; mais ne l’ont-elles jamais été autrement… ? On est seul quand on n’est incapable d’amour… !
Tous les cercueils en or massif l’attestent…. !!

Je sens, d'ors et déjà, cette lignification me prenant le corps, ce durcissement se déployant en moi, me faisant sentir le même chemin de vie et de mort, normalité existentielle...
Je deviens arbre et, comme mon bois structuré d’amour d’un si merveilleux et tendre géant de chair et de bonté d’avant que ne cesse, j’espère avoir appris à aimer tel cet éternel Faustin au cœur à jamais immortel.... On peut construire si l'on sait aimer, si l’on n’a pas peur d’aimer...!!

Ton petit arbuste errant, Papa…! D’un fils….

Il me revient cela :

L'individualité humaine sert à mesurer la petitesse des plus grands événements. Combien d'hommes sont indifférents à ces événements. De combien d'autres seront-ils ignorés ? La population générale du globe est évaluée de onze à douze cents millions : il meurt un homme par seconde.
Ainsi, à chaque minute de notre existence, de nos sourires, de nos joies, soixante hommes expirent, soixante familles gémissent et pleurent. La vie est une peste permanente. Cette chaîne de deuils et de funérailles qui nous entortille, ne se brise point, elle s'allonge ; nous en formerons nous-mêmes un anneau.
Et puis, magnifions l'importance de ces catastrophes, dont les trois quarts et demi du monde n'entendront jamais parler ! Haletons après une renommée qui ne volera pas à quelques lieues de notre tombe ! Plongeons nous dans l'océan d'une félicité dont chaque minute s'écoule entre soixante cercueils incessamment renouvelés !

Merci François René de ton brillant château ancré sur cet îlot chétif du grand Bé d’outre tombe....!!

Et puis :

Gémir, pleurer, prier, est également lâche,
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Alfred de Vigny. La mort du loup.

Celui-là seul connaît l’amour qui aime sans espoir. 
Johann Friedrich von Schiller


In corsu :

Un’ ti ride micca di u mo dolu, quandu chi u meiu sarà vechju, u toiu sarà novu….
Ne te moque pas de mon deuil, quand le mien sera vieux, le tien sera nouveau….


Ànghjulu Soldani, d’Ochjatana… !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire